Chapter Text
— Thomas ! Hé, Thomas ! l’appela une voix familière.
Thomas fut tiré de ses pensées, son attention désormais tournée vers la personne qui l’appelait. Aldo se dirigeait vers lui, sa soutane de cardinal recouverte d’un long et épais manteau d’hiver.
— Aldo, le salua Thomas. Je suis content que tu aies pu venir.
— Penses-tu. Je n’allais pas manquer une occasion pareille, surtout que ça m’a permis de faire faux bond à Tedesco…
— Comment, il est déjà là ?
— Il est arrivé il y a quelques heures. Apparemment, il voulait assister à la première messe d’Innocent XIV. Moi qui avais espéré qu’il reste à Venise pour les fêtes… Il faut croire que les miracles de Noël n’existent que dans les films !
Thomas cacha un sourire derrière sa main. Bien qu’il partageait avec son ami le même sentiment concernant Tedesco, il n’en montra rien. Cela ne serait pas charitable envers un frère cardinal. Son côté diplomatique ne cessait d’amuser et d’exaspérer Aldo tout à la fois.
— En parlant de Noël, quand souhaites-tu que nous échangions nos cadeaux ? s’enquit Thomas.
Aldo jeta un œil à sa montre.
— Pourquoi pas maintenant ? Il nous reste encore un peu de temps, et je ne tiendrai plus debout après la messe.
— Nous ne sommes plus si jeunes… approuva Thomas.
Aldo sortit un premier paquet de son manteau.
— Tiens, dit-il en lui tendant le paquet. L’âge avant la beauté.
— Tu es plus âgé que moi ! s’indigna faussement Thomas.
Il déballa le cadeau sous le rire amusé de son ami. Il découvrit la couverture d’un livre d’enquêtes qu’il avait déjà repéré lors de ses dernières excursions en librairie.
— Merci beaucoup Aldo, répondit Thomas, ému. Comment as-tu deviné ?
— Des années d’amitié ou peut-être le fait que tu t’arrêtais devant ce livre à chaque fois qu’on passait devant la vitrine de la librairie, sans jamais prendre le temps de l’acheter ? le taquina Aldo.
Thomas répondit à sa plaisanterie avec un sourire, tandis qu’il rangea son nouveau livre dans sa poche. S’il n’était pas trop fatigué en revenant de la messe, il le commencerait avant d’aller dormir.
— Diantre, je suis donc devenu prévisible avec l’âge…
— Je te pardonne, plaisanta Aldo.
Thomas secoua la tête, amusé, puis tendit à son tour son propre cadeau. Aldo le prit et le déballa avec soin. Il eut un sourire appréciateur en voyant le foulard de soie.
— Merci, Thomas. Tu connais mes goûts, dit-il tout en enroulant le foulard autour de son cou.
Ils s’échangèrent ensuite leurs autres cadeaux. Thomas secoua la tête, exaspéré mais amusé, en voyant le deerstalker que son ami lui avait offert.
— Il ne te manque plus que la pipe et la loupe, mon cher détective en herbe ! lui lança Aldo avec un sourire satisfait.
Thomas leva les yeux au ciel, secrètement amusé. Aldo l’avait souvent taquiné par le passé sur son amour pour les romans policiers, en passant par ses copies usagées par tant de lectures des livres d’Agatha Christie, jusqu’à son talent inné pour résoudre les problèmes. Ses taquineries avaient repris depuis la fin du conclave, lorsque Thomas avait révélé à tous, bien malgré lui, son talent pour dénicher les secrets de ses collègues.
— Ne comptes pas sur moi pour le mettre ! le prévint-il.
Il était le Doyen du collège des cardinaux et l’un des plus proches conseillers du Pape. Il avait une réputation à tenir, après tout.
Aldo eut un petit sourire qui n’avait rien d’innocent et qui lui aurait valu la confession sur le champ.
— Je trouverai bien un moyen, lui promit-il. Je saurai être patient.
Thomas l’observa avec un regard méfiant qui fit rire son ami.
Il lui offrit son second cadeau. Aldo le déballa puis laissa échapper un soupir de surprise et d’amusement quand son regard tomba sur la pochette DVD du Diable s’habille en Prada. Il secoua la tête, semblant exaspéré et amusé.
— Je vais te forcer à le regarder avec moi, dit-il en secouant le film dans sa direction. J’espère que tu en as bien conscience.
— J’attends cela avec impatience, lui répondit Thomas.
— Sur ces bonnes paroles, et si nous y allions ? lui demanda Aldo en rangeant son cadeau.
Thomas acquiesça et, bras dessus bras dessous, ils se mirent en route en direction de la basilique Saint-Pierre. La place Saint-Pierre et le parvis étaient déjà noir de monde lorsqu’ils s’en approchèrent. Fort heureusement, leur statut de cardinal leur permis d’accéder à la basilique par un passage qui leur était consacré.
