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Appartement de Nijirô Itoshi, Marseille, fin janvier 2024
Il caressa nerveusement son ventre, les yeux rivés le plafond d'un blanc immaculé de sa chambre d'hôpital, bien trop grande à son goût.
Il avait l'impression qu'on lui déchirait les entrailles, tant la douleur était insupportable. Et la sensation humide et poisseuse - ponctuée de l'odeur cuivrée caractéristique - entre ses cuisses, n'arrangeait guère la situation, même si les infirmières l'avaient aidé à se nettoyer peu après son arrivée aux urgences.
Il attendait le retour du médecin, une fois de plus seul, craignant plus que tout ce qu'il allait lui annoncer. Il avait beau essayer de se rassurer, mais rien n'empêcha le pressentiment insidieux qui l’envahissait.
Il tourna vivement la tête du côté de la porte de la chambre en l'entendant s'ouvrir, sur la personne s'occupant de son cas. Malheureusement, l’expression sombre sur le visage du praticien ne laissa pas la moindre place au doute.
“Je suis navré, monsieur Itoshi, mais il n'y a plus…”
Il sortit brusquement de son sommeil, le souffle court, se dégagea précipitamment du canapé pour se rendre aux toilettes les plus proches. Il alla se rincer la bouche peu de temps après, répugné par l’arrière goût de vomi, s'aspergea le visage avec de l'eau froide, évitant de se regarder dans le reflet du miroir.
Il soupira longuement alors qu'il se dirigea d'un pas lourd jusqu'au salon, l'épuisement s'infiltrant jusque dans ses os.
Son regard coula jusqu'à la feuille contenant ses résultats d'analyse sanguine, remise par la secrétaire médicale une dizaine de jours plus tôt. Le bout de papier, posé tel quel sur la table basse, était presque devenu lisse à force qu'il ait lu et relu ce qu'il y avait marqué dessus.
Les rêves - ou plutôt cauchemars - de ce jour-là étaient vraiment éprouvants mentalement, surtout depuis qu'il avait appris la nouvelle.
Bien qu'il se doutait, vu ses symptômes si similaires aux deux fois précédentes, de ce qu'il y aurait d'écrit.
Sa main se posa automatiquement sur son ventre, ses larmes roulant sur ses joues avant même qu'il ne puisse les arrêter, en songeant à la décision qu'il avait prise.
Et ce, même s'il pressentait que c'était pour le mieux.
Il ne voulait pas revivre une autre expérience traumatisante. Et Rin… Il n'avait aucun doute quant à sa réaction, mais il ne voulait plus se battre pour une relation de circonstance.
Il avait tellement donné toutes ces années…
“Je suis désolé… murmura-t-il, la voix tremblante. Je ne veux pas te laisser naître avec des parents qui ne…”
Il se mordit la lèvre inférieure pour retenir un nouveau sanglot, se la déchirant brièvement au passage tant il y avait mis de la force. Il ignora le petit picotement de la déchirure, ainsi que le filet de sang qui s'en écoulait, alors qu'il triturait son médaillon.
Il parvint à se calmer au bout de plusieurs - et interminables - minutes, le trop plein d'émotions lui ayant pris une grosse partie du peu d'énergie qu'il avait. Il s'affala un peu plus sur son canapé, ses paupières se fermant presque d'elles-même, prêt à se reposer ne serait-ce qu’une petite heure supplémentaire.
Cependant, il n'en eut pas l'occasion, son téléphone s'étant mis à vibrer à peine dès qu'il eut les yeux clos. Il le sortit de sa poche pour éteindre le réveil qu'il avait mis, afin de pouvoir être à l'heure pour le voir.
“Bon, plus vite j'y vais, plus vite je pourrais en finir…” murmura-t-il en remettant le portable dans sa poche.
Il se leva avec une lenteur démesurée, avec la lourde impression d'avoir tout le poids du monde sur ses épaules, pour aller se rafraîchir une fois de plus le visage.
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“Voilà votre commande. Souhaitez-vous que je vous apporte autre chose ?”
Nijirô déclina l'offre de la serveuse d'un petit signe de tête, l'estomac noué par le stress et les nausées, la regarda distraitement s’en aller et fermer derrière elle.
Il était vraiment soulagé que Rin ait eu la délicatesse de leur réserver une salle privée, pour leur permettre d'avoir plus d'intimité. Autrement, il n'aurait pas eu le courage d'évoquer un tel sujet dans un endroit encore plus exposé.
Il but une petite gorgée de sa tisane au gingembre, fronça le nez à l'odeur de l'épice présent en trop grandes quantités à son goût. Il posa la tasse après une gorgée supplémentaire, sentant sa nausée s'atténuer brièvement grâce à la boisson.
Il posa son téléphone sur la table, jetant un petit coup d'œil dessus afin de vérifier s’il avait reçu un message depuis son arrivée au restaurant, une dizaine de minutes auparavant. Mis à part le dernier mail datant d’une bonne heure plus tôt, rien de plus de sa part…
Il savait bien qu'il devait y avoir une explication rationnelle, Rin étant quelqu’un de plutôt ponctuel, d'autant plus qu'il était très occupé avec la saison en cours.
Heureusement que Madrid, ville pour laquelle il jouait toujours via le Re Al, n'était situé qu'à deux heures d'avion de Marseille.
Il sursauta en entendant la porte s'ouvrir sur Rin, l'empêchant ainsi de s'inquiéter davantage.
“Désolé pour le retard, il y avait plus de monde que prévu sur la route.”
Il hocha silencieusement la tête et le regarda s'asseoir à la place opposée à la sienne, tout en enlevant son manteau et sa sacoche. Il l'entendit à peine prendre sa commande auprès du serveur, n'ayant pas loupé la façon dont ce dernier dévisageait Rin, et le collier de cuir autour de son cou.
Une pointe d'agacement fit son apparition, au comportement peu professionnel de l'autre Omega, son odeur s'échappant brièvement à ce fait.
“Est-ce que tout va bien, monsieur ?”
Nijirô cligna des yeux et leva les yeux vers Rin et le serveur, les joues rouges, quand il réalisa ce qu'il venait de faire.
Il ne put s'empêcher de maudire ses hormones, et son Omega intérieur, responsable de sa possessivité envers l'Alpha.
Et peut-être un peu lui-même, son attachement envers Rin était toujours légèrement présent, quoi qu'il fasse.
“On a besoin de rien d'autre, merci.”
Il tourna la tête du côté de Rin à son intervention, dépourvu de toute chaleur, envers le serveur. Ce dernier sembla aisément comprendre qu'il n'était pas invité à rester plus longtemps avec eux, vu son empressement à s'éclipser peu de temps après.
Un long silence s'installa dans la pièce une fois qu'ils furent enfin seuls, sans personne pour les importuner. Nijirô sursauta quand Rin le brisa au bout de plusieurs minutes, et après qu'il fut certain de ne plus être dérangé par n'importe quelle personne tiède de ce restaurant.
“C'est pas ton genre de demander à ce qu'on se voit. Enfin pas autant qu'au début de… tout ça. T'as des problèmes avec ton club?”
Une boule enfla dans sa gorge à la remarque de l'Alpha, loin d'être dite avec son aigreur habituelle, et son inquiétude à peine dissimulée. Il ne devait pas oublier que l'attachement de Rin à son égard était dû en partie à son séjour à l'hôpital, et des conséquences lié à ce qu'il lui était arrivé.
Pas à un quelconque sentiment amoureux, quoi que lui chantonnait son Omega intérieur.
Il s'arma de tout son courage, se doutant que prolonger l'échéance ne leur serait pas bénéfique, voulant à tout prix en finir.
“Je suis enceint.”
Il pouvait voir la surprise apparaître sur le visage de Rin, ainsi que son regard couler un court instant sur son ventre, à son annonce.
“Ça fait longtemps que tu es au courant? finit par demander l'Alpha, une fois le choc passé. Est-ce que je peux…”
“Je vais avorter, le coupa d'emblée Nijirô. Et quand ce serait fait…”
Il déglutit lourdement, effleurant machinalement le bas de sa nuque, encore plus nerveux qu'auparavant.
“Je veux qu'on annule le lien. Divorçons, Rin.”
Il eut presque envie de vomir quand il ressentit le trouble de son - il espérait bientôt ex - mari à sa demande.
“Comment ça divorcer et… s'étonna Rin, secoua vivement la tête. Mais on ne peut pas ! Ce n'est pas très sûr de défaire les liens d'accouplement, pour les Omegas !”
“C'était peut-être le cas à l'époque de nos parents, mais la médecine a fait des progrès depuis ! rétorqua Nijirô. Je me suis renseigné, je n'aurais qu'à prendre des médicaments, pour contrebalancer. Pour le foot…”
Il baissa les yeux sur son verre, se mordillant la lèvre inférieure, faisant rapidement comprendre à Rin ce qu'il en était.
“Tu ne vas pas laisser tout tomber maintenant !? Après tout ce que t'as fait, sans compter au Blue Lock, ce serait…”
“Je ne vais rien arrêter, je vais juste prendre une pause. Je peux parfaitement trouver une place dans un autre club dès que ça ira mieux.”
Bon techniquement, son manager avait déjà discuté avec les Kashima Antlers, sa prochaine équipe, et celle avec laquelle il jouait actuellement, l'OM. Son transfert vers l'équipe japonaise ne serait annoncé qu'à la fin de son congé post divorce, le temps qu'il se rétablisse.
Mais ça, Rin n'avait pas encore besoin de le savoir.
“Nijirô … l'appela ce dernier, tout en posant doucement sa main sur la sienne, le troublant davantage. Est-ce que tu es sûr que c'est ce que tu veux?”
Son ventre se tordit au comportement empli de sollicitude de l'Alpha, bien loin de celui qu'il avait lors de la NEL, et au début de leur union impromptue.
Il tritura nerveusement son médaillon, touchant du bout des doigts le kanji gravé dessus.
“Je suis… murmura-t-il doucement. Je ne veux pas continuer à faire semblant, Rin.”
“Mais on…”
“Je suis fatigué de devoir sans arrêt me battre alors que ça n'a jamais marché, malgré tous mes efforts ! l'interrompit aussitôt l'Omega, ajoutant d'un ton las. Bachira, il… J-je ne veux plus être son remplaçant.”
L'amertume s'infiltra dans son cœur au regard de Rin, ayant également perçu via leur lien son désarroi quand il eut prononcé le nom de l'Omega à la chevelure bicolore.
“Ce n'est un secret pour personne, ce qu'il se passait à Blue Lock entre vous deux… expliqua-t-il brièvement. Et je sais bien que si tout ça n'était pas arrivé, c'est lui que tu aurais choisi. Même si sans ça…”
Il se mordit l'intérieur de la joue, maudissant les larmes qui menaçaient une fois de plus de couler. Il inspira longuement, se forçant à lever les yeux sur Rin, se figea quand il aperçut le même médaillon que lui, à moitié caché par le pull.
“Sora me manque à moi aussi, Nijirô … répliqua Rin sur un ton moins sec qu'à l'accoutumée, ayant aisément remarqué son désarroi. Je suis peut-être un connard, et je n'ai pas été là pour toi quand tu as dû partir à l'hôpital et quand il est… parti. Mais je te promets que je vais me racheter.”
L'évocation de leur fils, qu'il avait perdu lors de sa vingt-troisième semaine de grossesse à cause d'une complication malheureuse, acheva Nijirô. Même si près d'une année s'était écoulé depuis qu'il avait accouché seul, Rin était en Espagne pour jouer au ReAl à ce moment-là, la douleur était toujours aussi fraîche.
Il pouvait sentir les larmes rouler sur ses joues, alors qu'il secouait silencieusement la tête, à l'annonce de l'autre homme.
“Ne fais pas de promesse que tu ne pourras pas tenir, Rin... murmura-t-il faiblement. Je n'ai pas la force de revivre ça, quoi que tu dises. Et puis…”
Il frotta rageusement ses joues pour essuyer toutes traces de larmes, déclinant le mouchoir tendu par Rin.
“Un enfant devrait être le produit de l'affection de ses deux parents… continua-t-il, s'efforçant de contrôler les trémolos dans sa voix. Pas d’une décision hâtive à cause des phéromones ou d'une chaleur mal gérée.”
Il n'ajouta pas que son intolérance aux implants contraceptifs, et les doses - faibles comme fortes - des comprimés, n'aidait pas dans leur situation.
Chose que comprit Rin, en dépit du non-dit de l'Omega.
“Tu as déjà pris rendez-vous pour t'en occuper, je présume ?” soupira-t-il, vaincu.
Nijiro hocha doucement la tête, termina de boire sa tisane, une nouvelle nausée remontant dans son estomac.
“J'ai eu un peu de mal à trouver des endroits qui ne demandaient pas l’autorisation ou la présence de l'Alpha, même si c'est plus courant qu'au Japon… reconnut-il, avec une amertume nullement dissimulée. J'ai contacté la clinique que m'a conseillé ma sage femme, elle m'a dit que c'était un lieu sûr. Je suis allé faire les démarches nécessaires, je dois juste voir l'anesthésiste, pour l'opération.”
“Laisse moi venir avec toi.”
Il resta bouche bée à la demande de Rin tant elle lui paraissait incongru. Il ne s'était jamais proposé pour l'accompagner à un rendez-vous médical. Il n'avait demandé qu'une seule fois, pour Sora, bien trop tard vu ce qui arriva…
On lui avait dit qu'il était resté à son chevet durant tout le temps où il était resté endormi, suite au choc d'avoir donné naissance à leur fils décédé, mais il doutait toujours d'une telle chose.
“Tu n'es pas sérieux ? marmonna-t-il, secouant vivement la tête peu après. Non, je veux y aller seul. J'ai déjà tout tu n'as pas besoin d'être là pour…”
Son souffle se coupa lorsque Rin se leva, renversant presque leur tasse respective au passage, afin de s'installer à la chaise près de la sienne.
Il déglutit à l'odeur mentholée des phéromones de l'Alpha, toujours aussi efficaces pour l'aider à apaiser la moindre nausée.
“Je… je sais que si tu viens avec moi, ma résolution risque de flancher… finit il par admettre. S'il te plaît Rin, j'ai vraiment besoin que tu ne vienne pas. De toute façon, j'ai fait en sorte à ce que ce soit un jour de match, comme ça tu n'as pas à t'encombrer avec ça.”
Il regretta presque ses mots à la lueur blessée dans les pupilles sarcelles de Rin, bien qu'il les ait choisies avec soin.
Après tout, c'était à peu de choses près ce qu'il lui avait dit quand il s'était retrouvé à l'hôpital pour sa première fausse couche. Ainsi que pour les nombreux rendez-vous pour le suivi de grossesse, la deuxième fois…
“C'est mérité… admit Rin. Tu as déjà contacté un avocat, pour discuter des détails ?”
“Mon manager m'a donné le numéro d'une de ses connaissances, il est doué dans ce domaine, il paraît. J'ai rendez-vous avec lui dans quelques jours, via l'appel vidéo vu qu'il est au Japon. Tu vas appeler l'avocat de ta famille ?”
Nijirô fronça le nez à l'odeur amère dégagée par l'Alpha, devinant la réponse avant même que Rin ne la formule.
“Je préfère éviter, si c'est pour que ce vieux croulant me force à te faire changer d'avis ou j'sais pas quoi d'autre… grommela ce dernier, sans cacher son agacement. Secret professionnel ou pas, il en parlera à mes parents, c'est sûr.”
Nijirô hocha silencieusement la tête, conscient que ses - bientôt - exs beaux-parents n'apprécieraient guère leur séparation. Après tout, ils avaient été ceux les plus enclins à les inscrire à l'état civil en tant qu'époux et partenaires, lorsque l'incident post match PXG/BM avait eu lieu.
“Je vais demander au manager de Nii-Chan, déclara Rin. Il paraît qu'il connaît des gens compétents un peu partout. Et c'est pas son genre de l'ouvrir pour raconter les problèmes des autres. Tu as déjà fait tes démarches pour l'annulation du lien?”
Nijirô fit de son mieux pour ignorer les gémissements de son Omega intérieur à l'évocation de leur séparation, acquiesça d'un bref signe de tête à la question de l'autre homme.
“Hiori San m'a donné le contact d'une clinique privée, quand il m'a appelé pour prendre des nouvelles, il y a quelques jours. Je n'ai qu'à leur passer un coup de fil mais je voulais d'abord t'en parler avant d'entreprendre les démarches et avoir une date de rendez-vous.”
L'Omega aux cheveux bleu ciel, parti pour son congé maternité dans sa région natale, était également celui qui lui avait suggéré les Kashima Anders en guise de club de transfert. Sans compter son offre de l'accueillir dans l'appartement qu'il occupait avec son mari et leur famille le temps qu’il retrouve un foyer au Japon.
“Tu ne penses pas que ce serait mieux de tout faire d'un coup ici ? La clinique est à Osaka, ça va pas être évident de voyager après…”
Nijirô se mordit l'intérieur de la joue, partagé entre de multiples émotions, à la question plus que logique de Rin.
“Je ne pourrais pas partir avant au moins trois semaines après l'opération, et je dois avoir le feu vert de la sage femme. J'en profiterai pour envoyer tout ce qui ne me servira plus en attendant, et finir de donner les affaires que j'avais préparé pour… bref, je sais que ça peut être éprouvant, entre l'avion et le décalage horaire, mais ce n'est pas grave j'ai vécu bien pire.”
Il garda les yeux rivés sur son portable, tapotant du bout des doigts sur la coque sur laquelle était dessinée de petites coccinelles, ne voulant pas croiser le regard sombre de Rin.
“De toute façon, je compte retourner définitivement là-bas, alors…” marmonna-t-il.
Il sentit le regard - et la surprise - émaner de Rin, à son annonce.
“Vraiment ? s’insurgea ce dernier. Tu en a déjà parlé à tes parents au moins ? Tu vas aller vivre chez eux, non ? Besoin d'aide pour les papiers ?”
Le coeur de Nijirô se tordit à l'évocation de ses parents tandis qu'il secoua la tête en signe de dénégation, refusant toujours de lever les yeux vers Rin. Il l'entendit soupirer, ayant sûrement compris qu'il n'aurait pas plus de réponses de sa part, l'air vaincu.
“Je serais obligé d'être présent avec toi à la clinique, pour les rendez-vous, au moins le premier pour fournir ce qu'il faut, j'espère que tu en es conscient ?”
Nijirô, persuadé qu'il lui faudrait plus de temps pour faire accepter à Rin sa demande, leva immédiatement la tête vers lui, ne cachant pas sa stupeur. Il ouvrit la bouche pour la refermer aussi aussitôt, craignant que l'Alpha prenne la mouche avec ses remarques.
“Je sais, c'était indiqué sur les sites que j'ai visité, finit il par dire. Si tout est réglé, alors on peut y aller. Je vais m'occuper de l'addition, tu n'as qu'à partir, toi.”
Il se leva un peu trop précipitamment de la chaise, lui causant un vertige qui lui fit perdre l'équilibre.
“Pas besoin d'autant te presser, idiot… le sermonna Rin, alors qu'il le rattrapa juste avant qu'il ne chute. Je vais payer, attends-moi dehors, je te raccompagne chez toi.”
Nijirô fronça les sourcils, ennuyé par le ton employé par Rin, ainsi que par son Omega intérieur, qui ne cessait de chantonner.
“Alpha veut prendre soin de nous.”
“C'est moi qui ai demandé à ce qu'on se voit, c'est à moi de payer ! déclara-t-il. Et je peux très bien prendre le bus ou un taxi, c'est ce que j'ai fait pour venir.”
Il vit les pupilles sarcelles de l'Alpha scintiller de surprise, ne s'attendant pas à ce qu’il refuse son offre, avant d'acquiescer d'un simple signe de tête.
“Je ne te ferais pas changer d'avis, je suppose. Tu m'enverras le numéro de ton avocat par mail, comme ça dès que je verrai le mien on pourra commencer tout ça.”
“Je le ferais, promit Nijirô. Pour la date du rendez-vous à la clinique, ça ne devrait pas être avant le mois prochain, selon quand il y aura... De toute façon, je te préviendrai d'ici là pour que tu puisses t'arranger avec le club.”
Un nouvel hochement de tête de la part de Rin, qui but le reste de son café avant de poser la tasse sur la table. Puis il remit sa veste et sa sacoche, jeta un dernier coup d'oeil en direction de l'Omega.
“Si il y a un problème, préviens moi, ok? J'étais sérieux quand j'ai dit que je voulais me racheter. J'attends de tes nouvelles.”
Nijirô le regarda sortir de la pièce, interdit face à sa déclaration, puis soupira de soulagement quand il fut sûr d'être seul, sa main se posant instinctivement sur son ventre.
Il ne s'attendait vraiment pas à ce que ça se passe aussi bien.
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“Vous pouvez vous installer à la salle d'attente, on vous appellera quand ce sera votre tour.”
Nijirô bredouilla de faibles remerciements et se dirigea vers la pièce indiquée, ignorant du mieux qu'il pouvait les quelques couples et futurs parents déjà présents. Il tritura nerveusement le bas de sa veste, le coeur au bord des lèvres, en train de recréer des dizaines de scénario dans sa tête.
Et si l'opération avait échoué ? Il ne se souvenait pas de complications quelconque, en tout cas, les médecins ne lui en avaient pas…
“Nanase ? Nanase Kun, respire, tu vas finir par hyperventiler…”
Il sortit de ses sombres réflexions à la voix de Hiori, ou plutôt Karasu depuis bientôt deux ans, leva les yeux vers lui. Il se sentit un brin rassuré au son de sa langue natale, ponctuée à l'accent du Kansai, qu'il n'avait pas entendu depuis longtemps.
L'Omega plus âgé, en congé parental pour encore quelques mois, était arrivé du Japon la veille, en guise de soutien.
“Ça va aller ? ajouta ce dernier, sur un ton débordant d'inquiétude. Je me doute que ça doit pas être facile, alors…”
“Tu es venu avec moi, Hiori San c'est déjà énorme ! le coupa, un peu trop vivement aux vues de certains regards, Nijirô. Je… je t'ai pas remercié correctement, en plus, pour toute ton aide avec mes affaires à renvoyer et le reste. Ça ne dérange pas Karasu San que tu sois là? Ce n'est pas trop dur avec Keiichi Kun? Il est encore petit…”
Une lueur affectueuse scintilla dans les pupilles claires de son compatriote et congénère à la mention de son mari et leur tout petit de huit mois, ce qui troubla Nijirô plus que de raison.
“Tabito peut parfaitement s'en occuper, c'est le premier à se lever quand il pleure, depuis qu'il est né. Ils sont restés chez mes beaux-parents le temps que je vienne te voir, de toute façon. Tu comptes toujours repartir avec moi ce week-end, n'est-ce pas ?”
Nijirô acquiesça d'un petit signe de tête, étouffant la jalousie qui se pointa dans son cœur, en réalisant le bonheur si réel que son ami avait d'être lié à la personne qu'il aimait.
“Tu n'as pas encore prévenu tes parents, que tu revenais ? s'enquit Hiori. Je ne veux pas que tu sois malheureux le temps de ton séjour chez nous. Même si, évidemment tu es plus que bienvenue !”
Le coeur du plus jeune bondit à la mention de sa famille, qu'il n'avait pas contacté depuis un très long moment. Ses parents avaient beau avoir essayé de le joindre plusieurs fois, il avait rarement répondu, si ce n'est pour couper court à la conversation.
Il avait tellement honte de les avoir embarquées dans ses problèmes avec Rin, des années plus tôt. Et même s'il savait qu'ils ne lui en voulaient pas… il ne voulait pas leur faire de peine, ou les humilier, parce qu'il avait décidé de se séparer - officiellement et spirituellement - de Rin.
Leur petite ville ne pardonnait pas ce genre de comportement marginal.
“De ce que tu m'as dit de tes parents, ils ne semblent pas être du genre à être déçu de toi … ajouta Hiori, comme s'il avait lu dans ses pensées. Ta famille ne va pas couper les ponts avec toi, au contraire de la mienne, uniquement pour avoir voulu vivre comme tu le voulais.”
Sa réaction et ses craintes, concernant l'attitude de ses parents, parurent bien absurdes à Nijirô aux remarques de son ami.
“Tu as raison, reconnut-il. Je vais…”
“Monsieur Itoshi, c'est à votre tour.”
Nijirô sursauta au nom de famille - le sien pendant encore quelque temps - se leva de concert avec Hiori pour suivre la sage-femme jusqu'à la salle de consultation. Il s'installa nerveusement sur l'une des chaises du bureau faisant face à la Bêta, se détendit un peu en voyant son sourire rassurant.
“Comment vous sentez-vous, monsieur Itoshi ? demanda-t-elle, en anglais, jeta un bref coup d'oeil sur le dossier face à elle avant d'ajouter. Ça fait déjà trois semaines que vous avez été opéré, des problèmes à me signaler ?”
“Je… ça va, ce n'est plus aussi douloureux et les médicaments fonctionnent bien… répondit Nijirô, trébuchant presque sur les mots. J'ai encore un peu de saignements, mais plus autant qu’après l'opération.”
La sage-femme hocha silencieusement la tête tout en notant ce que venait de lui dire Nijirô, l'air soulagée. Elle posa son stylo peu après et se leva de sa propre chaise.
“Nous allons pouvoir commencer, si vous voulez bien me suivre…”
Une vingtaine de minutes plus tard…
“Vous pouvez aller vous rhabiller, je vais commencer à noter le compte rendu.”
Nijirô la regarda sortir de la pièce alors qu'il remettait lentement ses vêtements et ses baskets, rasséréné par le déroulé de son examen.
Il avait beau avoir cette sage femme depuis son premier suivi, que ce soit pour la première fausse couche ou Sora, il aimait son comportement loin d'être celui du jugement.
Il parcourut pensivement la petite pièce du regard, sachant que ce serait la dernière fois qu'il y serait, puis il retourna dans la salle de consultation.
Il lança un regard rassurant à Hiori, sur le point de se lever en le voyant revenir, vint se rasseoir à côté de lui.
Il se concentra de nouveau sur la sage-femme en le voyant cesser d'écrire, inquiet malgré tout quant à ce qu'elle allait annoncer.
“Comme je vous l'ai expliqué durant l'examen et de ce que j'ai pu constater, l'intervention présente les résultats escomptés. Votre utérus ne représente pas de séquelles particulières, et les saignements devraient cesser d'ici un jour ou deux.”
Nijirô souffla, ayant inconsciemment retenu sa respiration le temps de l'explication de la Beta, soulagé malgré tout.
“Cependant, il y a d'autres choses qu'il vous faut savoir… renchérit la sage-femme. Vos prochaines chaleurs devraient survenir dans quatre à six semaines. Tout comme pour vos précédentes grossesses, elles peuvent être difficiles à supporter. D'autant plus que vous serez seul, cette fois, de ce que vous m'avez dit.”
Nijirô hocha silencieusement la tête, l'estomac nouée quand il la vit sortir des prospectus d'un de ses tiroirs.
“Il y a des services pour les Omegas célibataire, séparés, ou ayant perdus leurs compagnons, pour les aider à traverser les cycles les plus douloureux. Et il va de soi que les Alphas choisis pour le programme sont triés sur le volet.”
“Pas la peine, je ne serais plus là quand ça arrivera ! déclina aussitôt Nijirô, ajouta tout en désignant Hiori. Je rentre au Japon avec lui, mais merci pour votre sollicitude.”
Il vit une lueur surprise scintiller dans les pupilles de la Beta, bien qu'elle n'insista pas pour avoir plus de détails.
“Très bien, si c'est ce qui vous convient le mieux… dit-elle, alors qu'elle remit les papiers à leur place. Je vais vous faire une lettre, en anglais, pour que vous puissiez la donner à votre prochain gynécologue ou sage femme qui vous suivra.”
Elle pianota rapidement sur les touches du clavier de son ordinateur puis leva les yeux vers Nijirô quand elle eut fini, semblant se rappeler quelque chose.
“Par rapport à l'autre nouvelle que vous m'avez annoncée…”
Elle se tut et lança un regard hésitant sur Hiori, puis sur Nijirô.
“Vous pouvez parler devant lui, il est déjà au courant.” le rassura le plus jeune Omega.
Elle hocha silencieusement la tête, continua ce qu'elle avait à dire.
“Pour votre dissolution de lien, je crains de ne pas avoir grand chose à vous apprendre, ou à vous conseiller, malheureusement. Mais nulle doute que vous aurez toutes les informations nécessaires lorsque vous serez suivi. Je vous ai noté quelques marques possibles de contraceptifs et suppresseurs qui devraient vous être utiles, pour après la séparation.”
Elle récupéra les quelques papiers qu'elle avait imprimés, apposa rapidement sa signature sur certains d'entre eux, puis les tendit à Nijirô.
“C'est tout pour moi, vous avez peut-être des questions? demanda-t-elle, ajoutant face au refus clair de son patient. Vous pouvez retourner à l'accueil, alors. Bonne continuation.”
Nijirô bredouilla de faibles remerciements, s'inclina machinalement plusieurs fois devant la Bêta puis parti avec Hiori de la salle de consultation, les feuilles rangées dans son sac.
Le duo Omega sorti de l’hôpital une dizaine de minutes plus tard, au plus grand soulagement de Nijiro, troublé malgré lui de l'avancée des choses.
Maintenant, il devait juste se rendre à la clinique et finir les démarches pour finaliser le divorce. Avec la coopération de Rin, ça n'allait pas prendre si longtemps.
Trois semaines plus tard, clinique spécialisée des sous genres, Osaka…
Il parcourut brièvement la salle de consultation, pourvu de divers affiches médicales, l’estomac noué d'appréhension. Il craignait un quelconque imprévu, même s'il savait au fond de lui qu'il y avait peu de chance que ça arrive.
Son regard coula vers la chaise vide à côté de lui, initialement occupée par Rin, l'incertitude lui rongeant l’esprit. Il ignorait s'il avait regardé en détails, durant tout le temps où ils ne s'étaient pas contactés, pour les conséquences de la dissolution.
En tout cas, il ne lui en avait pas fait part lorsqu'il l'avait revu avec leur avocat respectif pour le premier rendez-vous conjoint. Et pour lui le troisième avec son avocat, Kakei Sensei.
Il y avait un second rendez-vous conjoint, cette fois-ci dans l’une des pièces utilisées pour l'occasion à l'un des bâtiments juridiques d'Osaka, juste après leur visite au médecin.
Le timing ne serait peut-être pas le meilleur, selon la façon dont Rin réagirait à ce qu’allait annoncer le praticien. Mais il ne voulait pas faire durer plus que nécessaire les démarches pour le divorce, tant que c'était possible.
De toute façon, ils n'avaient pas de véritables raisons de faire durer la mascarade plus longtemps.
“Pourquoi tu m'as pas dit que t'étais en chaleur ?”
Il sursauta et leva les yeux vers Rin, qu'il n'avait pas entendu revenir, de nouveau assis à côté de lui.
“De quoi tu parles ? s'étonna-t-il, sincèrement surpris. J'ai encore du temps avant que ça n'arrive, et je me sens parfaitement bien. Tu as déjà terminé ? Ça s'est bien passé ? Pourquoi es-tu revenu seul?”
Il le vit lever les yeux au ciel à ses multiples questions, qu'il considérait tout à fait légitimes.
Rin était allé directement avec le médecin dans une pièce située non loin de celle-ci, afin de faire une prise de sang et faire prélever sa salive, et signer le formulaire de consentement. C'était les seules étapes, visant à l'opération de dissolution de lien, pendant lequel Rin devait être obligatoirement présent.
Pour la suite, Nijirô avait implicitement fait savoir qu'il préférait se rendre seul aux rendez-vous. Quant à sa sortie de l'hôpital, Hiori serait celui qui viendrait le chercher, et l'aiderait pour les soins post opératoires, si jamais il y en avait.
“Ce ne sont que des broutilles, qu'est-ce que tu veux que ça me fasse… rétorqua Rin. J'ai demandé au doc pour le reste, il a dit qu'il ne parlera que lorsqu'on reviendra ici.”
“Étant donné qu'il est le principal concerné, ça me semble tout à fait approprié, Itoshi San.”
Les deux footballeurs se tournèrent de concert à la voix du médecin, n'ayant pas remarqué qu'il était arrivé.
“Je m'excuse, j'ai dû répondre à un appel avant de revenir… renchérit le praticien, un Alpha d'une cinquantaine d'années, tout en prenant place dans son fauteuil. Itoshi San, ajouta-t-il en direction de Nijirô. Comme je vous l'ai expliqué, je n'ai pas à vous demander les raisons qui vous poussent à choisir une option aussi… extrême. Mais avez vous conscience des risques de l'annulation de lien?”
Nijirô hocha silencieusement la tête, ses poings fermement serrés sur son jean, son ventre noué de nervosité.
“Je ne pourrais plus me lier avec un autre Alpha et mes chaleurs seront plus douloureuses, répondit-il, sans prêter attention au regard que lui lança Rin. Il y a des médicaments que je vais devoir prendre à vie pour pallier aux effets négatifs.”
“C'est exact, envisager un autre lien est impossible, opina le médecin. Malheureusement, il y a un risque que vos phéromones soient de nouveau légèrement perceptibles, pour les Alphas. Les médicaments servent non seulement à atténuer la sensation de manque pour les phéromones de votre ancien partenaire, mais également à cacher votre odeur. Peu d'Omegas font l'opération, en partie pour cette contrainte, mais il faut aussi prendre en compte leur coût, d'autant plus que l'ALD n'est autorisé que pour les cas particuliers. En comptant les vingt pour cent pris en charge par l'assurance, il vous faudra débourser soixante-dix mille Yens par mois. Si vous avez une mutuelle, ça peut descendre à soixante mille Yens.”
Nijirô ne fut pas surpris par un tel prix - avec ou sans prise en charge supplémentaire - ayant vu une somme à peu près similaire sur les forums qu'il avait consultés, au contraire de Rin.
“Tant que ça !? s'exclama ce dernier, à moitié levé de sa chaise. Mais… il peut vivre sans utiliser les médicaments, n'est-ce pas ? Il doit y avoir un moyen…”
L'expression sur le visage de l'Alpha plus âgé s'assombrit, à la question de Rin.
“Il pourrait, en effet, mais les conséquences seraient terribles pour lui à la fois physiquement et mentalement. Et pas seulement…”
Il se tut quelques instants, incitant du regard Rin à se rasseoir, fit de son mieux pour annoncer aussi délicatement qu’il le pouvait.
“Les médicaments sont également là pour lui permettre de rallonger son espérance de vie.”
Nijirô sentit la tension s'alourdir dans la pièce, aux propos lourds de sous entendu du médecin. Il n'eut pas besoin de regarder Rin, ou même d'essayer d'utiliser leur lien, pour savoir à quoi il pensait.
Il savait que ne pas révéler la vérité, et les véritables conséquences concernant l'annulation du lien, ne serait pas bien pris par Rin.
Au vu du regard outrée que lui lança l'Alpha, c'était indubitablement le cas.
Son cœur battit violemment contre sa cage thoracique, connaissant la proportion de l'homme à s'emporter, quand il était mis en porte-à-faux.
D'autant que si jamais Rin décidait de ne pas le laisser poursuivre la procédure, il ne pourrait rien y faire…
Il espérait vraiment qu’il n'allait pas en arriver là…
Même jour, quelques heures plus tard, Association du Barreau d'Osaka
“Maintenant que la question de la séparation des biens est réglée, passons à la suite. Le montant de la pension alimentaire que mon client souhaite verser…”
Nijirô sortit de ses réflexions et regarda tour à tour Rin et Amaguni Sensei, l'homme qui représentait l'Alpha, pris au dépourvu.
“Une pension alimentaire ? s'étonna-t-il, se tourna vers son avocat. Kakei Sensei, il n'y a pas moyen de refuser d'en avoir une ?”
Il pouvait voir la surprise s'afficher sur le visage du Bêta, à sa question somme toute innocente.
“Vu tout ce que tu as omis de me dire, tu n'as pas à me reprocher de ne pas t'en avoir parlé ! répliqua Rin sans prêter attention au regard lourd d'avertissement de son avocat, ni laisser le temps à celui de Nijirô de dire quoi que ce soit. C'est évident que tu vas en avoir une. Surtout que tu…”
“N'utilise pas ce qu'a dit le médecin pour te justifier, Rin ! le coupa aussitôt Nijirô. Je gagne très bien ma vie avec le football, tout comme toi. Je n'ai pas besoin que tu prennes soin de moi, ou que tu…”
Il se mordit la langue pour se retenir d'en dire plus, conscient que ça ne ferait qu'aggraver la situation. Voir pire, si Rin décidait finalement de changer d'avis suite à une esclandre de sa part, et de faire annuler l'opération.
“Il est dans l'obligation de fournir une pension, Ito… Nanase San, intervint Kakei. Même si vous êtes séparés aux yeux de la loi, votre lien d'accouplement passera toujours avant. En tant qu'ancien compagnon, il vous devra une compensation financière.”
“C'est bien pour ça que je veux le dissoudre… grommela Nijirô. Je ne veux plus avoir l'impression de lui devoir quelque chose à cause de ça. En plus, l'argent n'est pas une priorité pour moi.”
“Ça ne l'est pas pour moi non plus, répliqua sèchement Rin. Et c'est pas grand chose, comparé à ce que tu as, et vas, endurer.”
Nijirô secoua doucement la tête, un mal de tête pointant le bout de son nez, épuisé par l'insistance de l'autre homme.
“Je ne veux plus rien avoir affaire avec toi, Rin. Je sais que nous serons bien forcés de nous voir, au moins pour les matchs du Japon. Tout ce que je souhaite, c'est passer à autre chose, et tout oublier, rien de plus.”
Il se leva, en dépit des protestations de son avocat, alla se placer sur le côté de la chaise de Rin. Ce dernier, les yeux écarquillés de surprise, n'osa pas bouger en voyant l'Omega s'incliner, et ajouter d'une voix forte.
“S'il te plaît, oublie cette idée de pension alimentaire.”
Il resta immobile, les yeux rivés sur les chaussures sombres et brillantes de Rin, son cœur battant à tout rompre dans le creux de ses oreilles. Il n'entendait rien de plus, si ce n'est les murmures de conversation hors de la pièce, fermée de l'intérieur.
Plusieurs minutes s'écoulèrent ainsi, jusqu'à ce que finalement…
“D'accord.”
Nijirô leva la tête vers Rin, certain d'avoir mal entendu.
“Tu… quoi ? bredouilla-t-il, en cessant de s'incliner. Tu ne vas pas insister plus que ça ?”
Il vit Rin lever les yeux au ciel, en digne Itoshi qu'il était, à sa question.
“Ça me fait chier que tu refuses… reconnut l'Alpha. Mais je vais pas te forcer à accepter pour mon petit plaisir perso, ce serait tiède de ma part.”
Nijirô acquiesça silencieusement tout en retournant s'asseoir avec son avocat, qu'il savait être ennuyé de son geste pas du tout prévu.
“Vous êtes sûr de vouloir abandonner vos droits sur une quelconque pension, Ito… Nanase San ? intervint Amaguni. Au vu de votre situation, ce serait tout de même bénéfique.”
“J'en suis plus que certain, rétorqua Nijirô. Kakei Sensei et moi en avons parlé lors du dernier rendez-vous, et je ne changerai pas d'avis sur le sujet.”
“Il m'a demandé de signer tous les documents de renonciation nécessaire, Amaguni Sensei, renchérit Kakei. Nous aurons les justificatifs de la dissolution de lien pour appuyer la demande. Par ailleurs, Nanase San, votre opération a bientôt lieu n'est-ce pas?” ajouta-t-il en direction du susnommé.
Un nouvel hochement de tête de la part de Nijirô, ignorant le regard pointu de Rin, face à lui, pour répondre à son avocat.
“Elle est programmée pour dans deux semaines, sans compter le rendez-vous avec l'anesthésiste la semaine prochaine. Selon le médecin, le temps de récupération et de réveil diffère selon les personnes. Navré, mais je ne serais pas disponible pendant au moins un mois.” conclut il en dévisageant tour à tour les deux avocats.
Amaguni secoua la tête, l'air compréhensif, tout en sortant un carnet de sa poche.
“Inutile de vous excuser, votre santé est plus importante. D'autant plus que votre présence, à Itoshi San et vous, ne sera pas nécessaire pour les prochains entretiens. Le principal a été abordé aujourd'hui.”
“La procédure va s'accélérer dès que nous aurons le dernier justificatif, renchérit Kakei. Je peux le récupérer pour vous, le temps de votre rétablissement. C’est tout ce qu'il reste à faire, avant de donner les papiers pour la notification au gouvernement local. Vous m'avez laissé votre livret de famille tout à l'heure, ça me facilitera la tâche. Quoiqu'il en soit, nous pouvons nous arrêter là pour aujourd'hui, n'est-ce pas? Il n'y a pas besoin de rajouter d'autres demandes ou spécificités quelconque au dossier ?”
Rin et Nijirô se dévisagèrent silencieusement un court instant, avant de finalement décliner la proposition du Bêta d'un bref signe de tête.
Ce dernier se leva de sa chaise, peu après la réponse négative des deux jeunes hommes, rangea les papiers dans sa sacoche, imité par son confrère.
Les deux avocats et leur client respectif sortirent de la pièce peu après, s'avancèrent sans qu'une parole ne soit prononcé entre eux. Puis, lorsque le quatuor fut devant la sortie du bâtiment, Kakei emmena Nijirô à part pour discuter une dernière fois avec lui.
“Je ne doute pas que vous resterez tranché sur votre avis concernant la pension… déclara Kakei. Mais si, avant que vous ne soyez hospitalisé, vous souhaitez me faire part de vos doutes, ou d'une quelconque question par rapport au dossier, vous pouvez toujours me joindre au cabinet.”
Nijirô jeta brièvement un coup d'œil du côté de Rin, lui aussi en train de discuter d’il ne savait quoi avec son propre avocat.
Il frissonna quand les pupilles sarcelles de l'Alpha se posèrent, bien qu'un court instant, sur lui. Il se concentra de nouveau sur son avocat, soulagé d'avoir une personne aussi compétente à ses côtés.
“D'accord, Kakei Sensei. Je vous préviendrai à mon réveil, et je demanderai au médecin de vous laisser avoir les papiers. Merci beaucoup pour votre soutien.”
“Je ne fais que mon travail, Nanase San... rétorqua, bien qu'un peu mollement, Kakei. Je dois partir, je viendrais vous donner des nouvelles de l'avancée de l'affaire à l'hôpital, Nanase San…”
Nijirô acquiesça tout en s'inclinant, en synchronisation avec l'avocat, en guise de salutation. Puis il le regarda partir en direction du chemin pour le métro, afin de retourner à Tokyo.
Une fois que l'homme ne fut plus dans son champ de vision, il sortit son téléphone afin de prévenir Hiori de son retour imminent à l'appartement.
Il eut un petit sourire aux lèvres à l'autocollant mouton que lui envoya l'autre Omega, suivi d'un autre représentant une coccinelle.
“Je retourne à mon hôtel, tu veux que je te ramène chez le corbeau, avant?”
Nijirô sursauta à la proposition de Rin, qu'il n'avait pas entendu s'approcher, leva les yeux vers lui.
“Ce n'est pas la peine, Rin… déclina-t-il. J'ai promis à Hiori San de le rejoindre à Saizeriya, après notre rendez-vous avec les avocats. Tu repars bientôt ?”
Il vit Rin hausser nonchalamment les épaules, tout en remettant la sangle de sa sacoche en place.
“J'ai encore deux jours, le temps de me reposer un peu. Et j'dois passer vite fait chez mes parents, le temps qu'ils soient absents, pour récupérer des affaires. T'as vraiment sûr que tu ne veux pas que je te raccompagne ?”
“Évidemment ! répliqua, un peu trop vivement pour que ca soit honnête, Nijirô. Je n'ai plus besoin de ta protection, et je ne pars pas très loin de toute façon. À la prochaine ! Et n'oublie pas de me prévenir quand tu reprendras l'avion.”
Son souffle se coupa quand Rin le dévisagea quelques secondes, comme s'il cherchait à prouver quelque chose. Il répondit à peine au signe de main de l'Alpha, qui s'était détourné de lui pour partir à la station la plus proche.
Il reprit sa respiration quand Rin se fut suffisamment éloigné, effleura du bout des doigts le bas de sa nuque, là où se situait la morsure.
“Plus que quelques semaines ...”
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Il cligna lentement des yeux, s'acclimatant petit à petit à la lueur du jour, encore sous le coup des médicaments.
Il s'installa lentement en position assise, sur le lit, malgré l'inconfort dû à l'intraveineuse, mise sur sa main gauche. Il parcourut pensivement la petite pièce du regard, essayant de ne pas trop prêter attention aux machines situées sur les côtés de son lit.
Il fut surpris quand il aperçut une petite table, face à son lit, sur laquelle était disposée divers sacs en papier, ainsi qu'un bouquet de fleurs.
Hiori l'avait prévenu, la veille de l'opération, qu'il passerait de temps à autre le voir pendant son repos. Mais il doutait que tous les présents soient uniquement de son fait, ou celui de son mari.
Il se demanda distraitement combien de temps il était resté endormi, tout en essayant de deviner les expéditeurs des multiples paquets, du moins ceux visibles, d'un simple coup d'œil.
Il reconnut un logo Allemand sur l'un des sacs, ainsi que la signature caractéristique de Isagi (ou plutôt Kaiser). Il y avait également un paquet à l'emballage maladroit, digne de Zantetsu, suivi d'un de Tokimitsu, reconnaissable à la couleur verte.
Il déglutit lourdement face à tant d'attention, bien qu'il ne soit pas certain qu'ils sachent la raison de son hospitalisation.
Hiori ne leur aurait pas tout dit sans son aval, il en était plus que certain.
Il tendit avec précaution le bras pour effleurer sa nuque, entièrement recouverte d'un large bandeau dont les tubes fins le reliaient à des perfusions. Il devina sans aucune peine à quoi pouvaient servir les tubes, ne regarda pas le pied de perfusion qui tenait les sacoches, située à sa gauche du lit.
Un nœud se forma dans son estomac, quand il songea à la cicatrice qu'il pourrait sentir, une fois l'appareil enlevé.
Bien qu'il n'eut pas vraiment besoin de la toucher, pour comprendre que quelque chose avait changé, au fond de lui.
Ça y est… réalisa-t-il lentement. Après presque cinq années, c'était enfin terminé. Il n'y avait plus rien qui les enchaînait.
Plus d'obligation à passer du temps ensemble, où avec la famille de l'un de l'autre. Plus besoin de faire semblant, en tout cas du côté de Rin, d'être heureux avec un partenaire nullement choisi. Si ce n'est via leurs phéromones d'adolescents en chaleur, au sens propre du terme.
Même s'il y avait encore les dernières signatures à apposer pour officialiser leur divorce auprès de l'État, mais rien de bien insurmontable en soit.
Un immense soulagement, mélangé à un autre plus compliqué à définir, envahit Nijirô.
Il allait avoir besoin de tout le soutien de ses amis, et peut-être ses parents s'il parvenait à trouver la force de les contacter, pour tenir les premiers temps.
Mais, en dépit des innombrables difficultés qu'il rencontrerait en cours de route, il était certain d'une chose, aussi douloureuse que libératrice.
Une nouvelle vie s'ouvrait devant lui, loin de Rin.
