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Le cuisinier à genoux

Summary:

Après des rencontres qui tournent au cauchemar, Sanji porte les cicatrices invisibles d’une manipulation impitoyable. Tandis que le silence s’installe entre lui et le reste de l'équipage, une tension trouble s’enracine avec Zoro : mélange de colère, de désir et de perte de contrôle.

D’îles en îles, l’équipage de Luffy va traverser une succession de péripéties où dangers, illusions et tentations se mêlent.

EXTRAIT :
Zoro sentit son corps bouillonner, comme si tout le sang affluait en même temps dans sa poitrine, dans ses veines, dans ses lèvres prêtes à se jeter sur celles de Sanji. Des semaines qu’il se retenait, des semaines à dresser des murs, à se convaincre qu’il n’en voulait pas, qu’il n’en avait pas besoin. Mais là, face à lui, avec ce regard bleu brûlant planté dans le sien, c’était fini. Toutes ses résolutions s’effondraient comme un château de cartes. En quelques pas, la distance qui les séparait fut brisée. Il se pencha brutalement, incapable d’attendre une seconde de plus. Leurs lèvres se rencontrèrent dans un choc fiévreux, un baiser sans retenue, plein de rage contenue et de désir accumulé.
Putain, il me veut… vraiment. Pensa Sanji, ses doigts s'accrochant désespérément au t-shirt de Zoro.

Chapter 1: Dans la cale

Chapter Text

 


Les personnages ne m'appartiennent pas, bien sûr. Ceci est une œuvre de fiction, tout ça tout ça.

Cependant, le scénario, hors personnage, m'appartient.

Bonne lecture !


Le Vogue Merry semblait bien petit au milieu de cette mer bleue azurée. Le fracas des vagues percutait la proue du bateau, le faisant chanceler légèrement vers l'avant. Le pirate qui fumait sa cigarette ne semblait pas embêté par le temps incertain. Sa belle navigatrice avait prévenu l'équipage :

- Un orage se prépare, le ciel est bleu mais les nuages arrivent. Alors, ne traînons pas.

Il prit une grande bouffée de sa cigarette et expira lentement en regardant par-dessus son épaule. Bientôt l'heure du dîner, il fallait s'activer.

Après un dernier regard vers l'horizon, il tourna les talons pour se rendre en cuisine.

- Hey Sanji ! Cria Luffy en tirant sur sa canne à pêche. Regarde !

- La belle prise !

- Bouah… Rien à voir avec le requin géant de la dernière fois… Rétorqua Ussop en tapotant la tête de Chopper.

- Un requin géant ?!

- Je te jure… Il était grand comme ça !

Luffy enroula de toutes ses forces le moulinet de sa canne à pêche, un énorme poisson rouge sorti des flots. Sous les cris enthousiastes des deux autres compères, le poisson tomba à la renverse dans un des bois de Chopper. Gigotant et flasque, le poisson cherchait à retrouver la mer.

- Enlevez-le-moi ! Cria-t-il les larmes aux yeux.

Luffy et Usopp hurlaient de rire devant la petite danse paniquée du médecin. Ses pattes étaient trop courtes pour l'extraire de ses bois. Sanji esquiva un sourire en cherchant un de ses couteaux dans la poche de son tablier.

- Mince. Pesta le cuisinier en tapant mollement ses poches vides.

Du coin de l'œil, il vit un des sabres d'entraînement de Zoro posé à quelques mètres. Il le récupéra en trois longs pas et retourna vers ses amis.

- Bouaahahahahahaha !

Usopp se tenait les côtes, Luffy avait les bras en l'air, les deux amis se roulaient par terre de rire.

- Arrêtez, vous deux ! Dit Sanji en plantant le poisson d'une main experte.

Il extirpa le poisson du bois de Chopper et alla lui faire une petite caresse sur son épaule minuscule.

- Ça va mon petit Chopper ?

- Oui… Dit-il en lançant un regard noir à ses amis.

Luffy et Usopp se calmèrent un peu. Ils se redressèrent tous les deux et captèrent le regard larmoyant du médecin. Un petit sourire vint se loger sur le visage animal de Chopper, puis un léger rire lui échappa. Bientôt, les trois pirates explosèrent de rire à s'en faire mal la mâchoire.

Sanji sourit à son tour et leva les yeux au ciel.

- Bande de gamins !

Le manche du katana sur son épaule, avec le beau poisson rouge planté au bout, Sanji partit en direction des cuisines. Avec des gestes précis, il le vida et le coupa en rondelles très fines. Il prit d'autres poissons pour continuer son plat et poursuivit sa recette. Une sauce beurre citron, des légumes de saison et de belles tartes poire chocolat. Il laissa le katana de côté, se concentrant sur sa cuisine. Une bonne odeur de poisson et de sauce nappante au beurre envahit la pièce jusqu'à se faufiler sur le pont. Sanji chantonnait, ne voyant pas le temps passer lorsqu'il cuisinait.

La vie est belle. Pensa-t-il dans un sourire en coupant des carottes.

Il imaginait déjà les yeux pétillants de sa belle rousse lorsqu'elle goûterait à sa bonne tarte au chocolat !

D'un coup, un léger courant d'air lui chatouilla la peau, il sentit l'air marin s'engouffrer dans sa cuisine.

- Cuistot de merde !

Sanji sursauta et se coupa le doigt par inadvertance. Il mit tout de suite la blessure à la bouche.

- Aïe !

Il se retourna, les sourcils froncés. Zoro se tenait juste derrière lui, les poings serrés sur son arme. Torse-nu et tout essoufflé, il semblait sortir d'une de ses séances d'entraînement.

- Mon katana est tout gluant ! Dit-il en inspectant la lame de tout son long. T'as pas des couteaux à toi ?! Crétin !

Sanji n'eut même pas le temps de répondre que le sabreur était déjà parti vers le pont.

- Connard ! Cria-t-il avant que la porte ne se referme. Aïe… ça pique…

Il regardait son doigt rouge, c'était une vilaine entaille. Un pansement ne suffirait peut-être pas. C'était son index gauche qui était coupé, et salement. Il récupéra un torchon propre qu'il enroula par-dessus la plaie.

- Crétin de Marimo…

En soupirant, il observa son plan de travail. Il y avait du sang sur la planche à découper et sur la carotte. Il pesta une nouvelle fois contre Zoro et sortit de la cuisine. Il vit son capitaine, les jambes pendantes vers la mer, les bras ballants et l'air ennuyé.

- Où est Chopper ?

- Il est parti étudier ses livres médicaquelque chose…

- Oui mais où ça ?

Il haussa les épaules d'un air morne et fit des vagues avec ses bras, comme pour imiter l'océan.

- Qu'est-ce qui t'arrives… ?

- Usopp est partit, il veut plus pêcher avec moi !

Le regard de Luffy s'éclaira lorsqu'il vit le sang sur le torchon.

- C'est Zoro qui t'as fait ça ?! Il a perdu la boule !

Il se leva, et commença à frapper dans le vide.

- Ne me dis pas que je vais devoir abattre mon second ! Dit-il dans une pause dramatique.

- Ne vous inquiétez pas capitaine… Ce n'est que le couteau des carottes qui m'a coupé. Répondit Sanji avec gravité.

- Infamie !

Les jambes élastiques du jeune homme s'étirèrent sur une dizaine de mètres. Il bondit pour atterrir devant les cuisines.

- Je te vengerai mon brave !

Il se rua dans la pièce, les poings en avant.

- Luffy, ne mange pas les préparations ! Cria Sanji d'un ton qu'il voulait autoritaire.

Il partit en direction de la cale, Chopper devait sans doute y ranger des pansements. Tout compte fait, il ne voulait pas le déranger à l'infirmerie pour une simple coupure. Il n'avait pas remarqué que la nuit était déjà tombée, il fallait vite qu'il termine le repas !

L'équipage avait installé des rangements dans la calle, à défaut de pouvoir tout installer dans les cabines. Le Vogue Merry était un bateau incroyable, mais ils commençaient à être à l'étroit. Mais inutile d'en parler à Usopp, il en ferait encore toute une histoire. Arrivé dans la cabine, il se mit à farfouiller les divers rangements du médecin.

- Mais pourquoi c'est si mal rangé… ? Ronchonna-t-il en extirpant une couverture froisée.

Alors qu'il cherchait du désinfectant et des bandages, il entendit les rires étouffés de Nami. Il s'arrêta par réflexe, sa voix de sirène le faisant imaginer toutes sortes de choses. Il émit un petit soupire d'extase en imaginant sa déesse dans sa chambre, dans ses draps. Il appuya fortement sur sa blessure sans s'en rendre compte et s'approcha de la trappe qui menait à la chambre des filles. Verrouillée par un cadenas, personne ne pouvait y pénétrer sans l'autorisation de la navigatrice.

- T'es bête ! Chuchota Nami entre deux gloussements.

Sanji failli s'étrangler, il se retint de tousser pour ne pas se faire repérer. Le plus discrètement possible, il se rapprocha de la trappe. À genoux, il y avait presque l'oreille collée.

- T'aurais pu quand même me ramener un verre d'eau !

Mais à qui parle-t-elle ? Pensa Sanji, les sourcils froncés.

- Cet enfoiré m'a rendu furax ! Pourquoi utiliser mon katana pour couper son putain de poisson ?! Quel con…

Le sang de Sanji ne fit qu'un tour. Les larmes aux yeux à force de se retenir de tousser, il s'agrippa aux portes-serviettes contre le mur pour ne pas défaillir. Il se rappela de Zoro, dans sa cuisine il y avait juste quelques instants, le souffle court, de la sueur dégoulinant de son torse. Une image de Zoro faisant l'amour à Nami lui vint en tête, comme un flash. Les yeux exorbités, il refusait d'y croire.

Ce fils de pute de marino est dans la chambre de Nami… En sa compagnie… Non. C'est pas possible. Pensat-il la mâchoire contractée.

Les rires étouffés de la rousse retentissaient une fois de plus.

- T'es dur avec lui !

Zoro ne lui répondit pas. Un long silence s'était fait dans la chambre, Sanji attendait. Il bouillonnait intérieurement, ne rien entendre était encore pire. Il imaginait la délicate main de Nami plongée dans les cheveux verts de Zoro, ses doigts parcourir les poils de son torse. Il serra encore plus les dents.

- Tu sais… Je me suis toujours demandée, tu crois que c'est un bon coup ?

Sanji appuya encore plus fort son oreille contre la paroi de la trappe. Son cœur battait à toute allure dans sa poitrine.

- Le cuistot ? Un bon coup ?! Rigola Zoro légèrement. Laisse-moi rire, s'il est pas encore puceau, il doit tenir trois secondes. Ou alors trois heures ! Une angoisse.

- Mauvaise langue !

- Et à ton avis, pourquoi il se comporte comme ça avec toi ? Et avec toutes les filles ? Il doit avoir un gros complexe.

Zoro bailla et soupira de satisfaction.

- Il a 19 ans, le même âge que moi… Et pourtant j'ai l'impression de voir un ado de 14 ans. C'est lamentable.

- T'es vraiment dur avec lui. Répéta Nami d'une voix de velours.

- Et pas assez avec toi…

Sanji entendit des bruits de baisers, le doux son des peaux qui se touchent et l'humidité des cuisses d'une femme. Il se releva d'un coup et se cogna contre une étagère.

- C'était quoi ? Demanda Nami après un léger silence.

Sanji s'enfuit rapidement dans de grandes enjambées. Ses cheveux blonds lui collaient au front, il avait le souffle court. Il fit quelques pas sur le pont avant, partit vers la cuisine mais fit marche arrière.

- C'est une blague ! Dit-il en levant la tête de désespoir.

Les étoiles brillaient mais de lourds nuages commençaient à arriver. Il faisait des allers retours, ne sachant pas quoi faire, quoi penser. Il se retourna encore et regarda en direction de la cale.

- Je vais le tuer…

Furieux, il fit quelques pas dans le couloir, prêt à tout renverser sur son passage… puis il s'immobilisa. Il devait se reprendre. Se calmer. Agir comme si de rien n'était. Zoro allait arriver d'un moment à l'autre, ils avaient tous les deux entendu ses pas.

Sanji se précipita dans sa cuisine et ralluma le feu, reprit son couteau en tentant de réorganiser le chaos qu'il avait laissé derrière lui. Ses mains tremblaient à peine, juste assez pour qu'il le remarque. La lame s'abattit sur la carotte encore tachée de sang séché, et chaque impact résonnait dans sa tête comme un tambour assourdissant. Mais il pouvait encore entendre le rire de Nami tout aussi cristallin que cruel. Il résonnait dans son crâne à chaque battement de son cœur.

Soudain, la porte de la cuisine s'ouvrit brusquement dans un fracas métallique. Le bruit le fit sursauter, son couteau faillit lui échapper des mains et comme il s'y attendait, c'était Zoro. Il pouvait sentir son odeur de transpiration d'ici. Avec dégoût, Sanji baissa encore plus la tête vers son plan de travail. Il ne pouvait supporter de lui faire face à cet instant. Le silence s'étira, lourd et étouffant. Alors Sanji parla le premier, d'une voix qu'il tenta de rendre neutre :

- C'est pas encore prêt. Reviens dans vingt minutes.

Un silence, encore. Il n'osait pas se retourner.

- D'accord.

Il entendit la porte se refermer doucement derrière lui. Sanji resta immobile quelques secondes, comme si le moindre mouvement risquait de tout faire exploser. Puis il osa lever les yeux par-dessus son épaule.

Il était seul.

Devant lui, les légumes n'étaient plus que des lambeaux informes. Dans un éclat de rage, il planta son couteau de toutes ses forces dans la planche, la lame vibrant encore longtemps après l'impact.

Il se sentait humilié.

Et la pluie commençait à tomber dehors, Nami avait raison : l'orage approchait.