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Le fils d'Belladonne Touque avait toujours été un peu différent. Même il y a des années, quand il s'assoit a les pieds du conteur en robes grises et demanda d'autres histoires de dragons et de gobelins. Il courait à travers champs en faisant semblant de sauver des princesses des forces du mal — forces dont la plupart des hobbits niaient farouchement l'existence, sauf dans les récits de grandes aventures que l'une ou l'autre famille un peu excentrique conservait sur ses étagères. Il suppliait qu'on lui raconte davantage d'histoires sur les fils de veuves chanceuses, capables de se tirer des situations les plus périlleuses grâces à des énigmes. Ou bien il applaudissait quand le vieux Touque ordonnait à ses boutons en diamant de s'attacher et de se détacher d'eux-mêmes devant son unique spectateur, tandis que des feux d'artifice éclataient dans le ciel nocturne au-dessus de leur têtes.
Bilbon avait toujours été plus près de la famille Touque que quiconque ne l'aurait souhaité, même s'il avait semblé capable, au fil des ans, de maîtriser ces élans avec une grande efficacité, si bien qu'une fois devenu un hobbit adulte, il était aussi constant et respectable que n'importe qui de ce côté-ci de l'eau.
Les Hobbits lui faisaient un signe de tête amical lorsqu'ils le croisaient en train de fumer sur le pas de sa porte et il leur répondait d'un signe de la main ou les invitait à partager son tabac s'ils n'étaient pas pressés, ce qui était d'ailleurs rarement le cas lorsqu'ils passaient devant Cul-de-Sac.
Mais le sang ne ment pas, comme on dit et les hobbits qui avaient connu Bilbon enfant ne furent guère surpris lorsqu'une troupe entière de nains vint sonner à sa porte et qu'il les invita tous à prendre le thé. Ils avaient bien sûr espéré que M. Sacquet les renverrait à l'heure du dîner, en leur disant qu'ils en avaient assez vu de ce genre de choses dans La Comté pour un jour, merci beaucoup.
Mais les nains ne partirent que le matin lendemain. Et avant que quiconque ne s'en rende compte, Bilbon s'était déjà mis en route à leur poursuite sans dire un mot à personne
« Non », dirent les hobbits plus âgés, réunis pour noyer dans l'alcool les événements mystérieux concernant les grands et le vide qui régnait à Cul-de-Sac ; « non, Bilbon Sacquet a toujours été un peu bizarre. »
