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Language:
Français
Series:
Part 1 of Star Trek : Barbacid
Stats:
Published:
2026-04-07
Completed:
2026-06-09
Words:
67,022
Chapters:
10/10
Comments:
175
Kudos:
4
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1
Hits:
117

Star Trek : Barbacid

Chapter 10: L'appel de la vie

Summary:

Alors que la station fête son premier anniversaire d'activité, plusieurs appels de détresse sont reçus par ondes électromagnétiques. Issus d'une planète à 12 années-lumière qui a disparu des cartes, ils sont d'abord constitués de simples bruits blancs, puis d'impulsions électroniques régulières codant un langage inconnu. Sana, aidée de ses capacités d'empathe et de linguiste, parvient à décrypter l'idée d'extermination.
Pourtant, aucun peuple n'a jamais été répertorié comme vivant sur cette planète. Une sonde ou une mission doit être envoyée.

Notes:

Bonjour à tous, et ravi de tous vous avoir pour la lecture de ce grand final du Livre 1. Rassurez-vous, il en est prévu plusieurs autres.
Si vous voulez discuter de quoi que ce soit, sur ce chapitre, ce livre, ou sur la suite, n'hésitez pas!
Et si vous voulez me faire savoir que vous en avez apprécié la lecture, toute manifestation est grandement appréciée.

Pour ce chapitre, deux mises en garde :
D'abord, les derniers paragraphes, un en particulier, contiennent une scène de sexe. Je ne la pense pas assez explicite pour changer le rating Mature.

De plus, si certains d'entre vous lisent par traduction automatique, il est possible que les effets de rythme et de ponctuation de deux paragraphes donnent des résultats étranges.
Le sens sera sans doute là, mais dans ce cas, je conseille de ne pas tenir compte de la ponctuation si elle gêne. Elle est faite pour accentuer des effets en français.

(See the end of the chapter for more notes.)

Chapter Text

Journal de bord du Lieutenant-Commandeur. Date stellaire : 62922.39

 

La fête du premier anniversaire de la Station bat son plein et j’ai enfin pu réussir mon extraction tactique. 24 minutes après l’heure escomptée. Perte d’efficience personnelle : 42 %. J’imagine que pour quelqu’un de moins discipliné, ce sera bien pire. Cela va durer toute la journée, de sorte que tous les quarts puissent participer. Heureusement, cela maintient tout le monde à disposition, donc la réactivité en cas d’urgence n’est pas diminuée. Nous compensons donc presque la perte de productivité dans les actions courantes par une augmentation de la présence et de la vitesse d’intervention si besoin. La capitaine a très bien réussi à me justifier son plan de célébration, en s’appuyant sur des chiffres qu’elle me demandait pour chaque étape de son argumentation.

Sur le plan plus professionnel, nous avons pu obtenir le bilan du procès qui s’est tenu à huis clos. Le Commandeur a utilisé toutes ses ressources juridiques pour faire valoir ses droits au bilan d’une opération, mais c’est finalement le lieutenant Vikhasjh qui les a obtenus par d’autre sources. Je suppose que cela arrangeait quelqu’un de les lui donner. En tout cas, notre technicien a récemment élargi sa palette de compétences et de relations, ce qui augmente les capacités de notre État-major de 224 % dans le domaine de la guerre de l’information. Plusieurs ont été mis à contribution, dont moi le dernier. Quant au bilan, il peut paraître surprenant : Ayant dérivé dans l’espace suite à un piratage de navigation issu d’un vol de dérivateur de distorsion, le CSS Brakal s’est retrouvé dans l’espace de la Fédération, amenant le Glinn Rekal et son équipage à être arrêtés, jugés et condamnés pour crimes de guerre. Le Glinn serait en réalité le Gul Mavat, surnommé le découpeur de Trelka, un haut criminel sadique de la guerre du dominion et le reste de l’équipage étant ses adjoints. Les patients qui n’étaient pas recherchés sur terre ont été relâchés, même si la probabilité que les plus sérieux cas pour Cardassia aient été marchandés avec la fédération est de 77 %. Nous n’avons pas de nouvelles du faussaire. Tout cela, le Capitaine Fargis n'en a aucune connaissance et ne le doit pas. Ce n'est pas une question de bonnes ou de mauvaises nouvelles. Elle préférerait sans doute savoir que son patient est en vie et à 97 % de probabilité, libre dans un monde de la fédération plutôt que condamné par une justice cardassienne impitoyable. Et il en va de même pour la capture de Gul Mavat. Mais à ses yeux, elle n'a fait que soigner, et le prix à payer pour ces bonnes nouvelles serait de lui déciller les yeux sur les tractations en coulisses, petits arrangements, et motivations cachées qui régissent un univers dans lequel elle veut seulement soigner, régler des problèmes, et avoir des amis. La probabilité que l'universalisation d'une telle vision la rende inopérante est de 63%. Celle de la voir corrompue de 31%. Le paradoxe est le suivant : pour que son génie soit efficace, elle doit rester dans l'ignorance. Jamais l'expression idiot utile n'a été si adéquate. Et jamais appliquée à quelqu'un de si intelligent. C’est cette personne, ce génie idiot utile si intelligent qui nous coordonne, et c’est parce qu’elle nous coordonne et que nous savons la protéger de sa sensibilité que cette station a un taux de succès 938 % plus fort que n’importe quel bâtiment de Starfleet.

 

L’une des plus grandes salles de réunions a été vidée pour les besoins de la fête. L’ambiance est nocturne-tamisée, une piste de danse est libérée, les tables avec nourriture et boissons sont disposées près des cloisons, qui affichent par alternance des reconstitutions holographiques différentes des meilleurs moments de l’année. Sana s’approche d’une table de pâtisseries devant laquelle Corine a passé la quasi-totalité de son temps.

La Deltane doit crier : « Corine ? » pour que sa capitaine se retourne, faisant apparaître les morceaux qu’elle s’est mis sur le tour de la bouche. « Oui, Sana ? » L’enseigne doit dissimuler son amusement d’une main sur le bas de son visage. Elle fait un signe circulaire, du doigt et la Capitaine pince les lèvres, puis prend de quoi s’essuyer.

« Je dois monter, mon quart va commencer » dit la voix de la station.

«  Bien. Je… Vous rejoins dans quelques heures. Enfin, j’ai encore un peu de mon quart de repos. Je finis ma part de gâteau, et après, j’irai peut-être dormir un peu sur le temps qu’il me reste.

- A demain alors ». Le petit rire vibrant et tranquillisant se transmet dans toute la salle.

La passerelle est silencieuse, occupée par l’un des quarts remplaçants au poste de communication, le seul à devoir être pourvu à chaque seconde, imposant donc ce relai permanent et la présence de la Deltane. « Bonjour, Garrisson. Je suis désolée pour le retard.

- Oh, je m’y attendais un peu. Ça va prendre un peu de temps pour que tout le monde reprenne le rythme.

- Vous allez à la fête, ou vous y êtes déjà allé ?

- J’y retourne.

- Amusez-vous bien. Rien à signaler, sinon ?

- Calme plat. Pas un seul transport. » Il s’apprêtait à sortir, mais lève s’arrête en se touchant le front d’un doigt, puis se retourne : « Ah, non, j’ai failli oublier. Il doit y avoir un bug d’une radio autour d’une planète dans le nuage spatial de la zone entre Arawath et Iota Cephei. On reçoit des messages par ondes électromagnétiques. Du bruit blanc. C’est revenu trois ou quatre fois. Sans doute un poste de radio abandonné depuis des années en train de craquer. Un faux contact aura envoyé du vent ».


Sana ressent un léger choc à cette nouvelle. Elle s’approche de sa console « Je peux voir ça ?

- Oh, j’ai laissé tous les enregistrements. Bonne journée.

- Bonne fin de fête ».

 

Elle retrouve les messages. Une sensation étrange l’envahit déjà. Après l'avoir absorbée, elle lance la lecture. Un frisson. Puis, le bruit blanc. Le vent, qui la glace, elle halète. Elle s’accroche à sa console, pleure. Eteint. Respire profondément… Se relève. Les larmes coulent toujours. Son esprit reste collé à cette souffrance. Que faire ? Elle ne va pas alerter toute la station pour un message, fût-ce le plus intense de sa vie, qui a surchargé ses récepteurs empathiques ?

Ne gâche pas la fête, calme-toi, concentre-toi, prépare-toi.

Après un moment, elle y retourne. Le deuxième message. De même nature. Toujours blanc. Elle a commencé à s’habituer à cette tonalité et les effets sont moindres, même si la souffrance est identique à l’autre bout. Mais qui, à l’autre bout ? Il n’y a rien. Ni personne. Juste une douleur émanant du vide.

 

 

Quatre parts de gâteau plus tard, Corine finit par monter dans ses quartiers. Elle est éreintée. Elle a juste le temps de se déshabiller, pas même de remettre sa chemise de nuit. Elle tombe sur son lit et dort. C’est le communicateur qui la réveille après quelques heures.

« Mmhoui ?

Corine, vous êtes là ? Désolée de vous réveiller, nous avons capté quelque chose, je pense qu’il serait intéressant que vous veniez voir.

- J’ai… Oh… j’arrive ». Ce n’est pas le type de message qui incite ne serait-ce qu’à demander le temps d'une douche. Elle se regarde… Nue. Les vêtements ? Oui, par terre, bien entendu… Collants et uniforme de la veille, pas le choix. Elle reviendra prendre soin d’elle à la première opportunité.

Elle arrive sur la passerelle. « Ah, euh... » son sourire en coin est gêné, elle tire sur tous les rebords de son costume : l’état-major est au complet. Aldar fronce les sourcils mais personne d’autre n’a l’air de prêter la moindre attention à sa présentation… Elle touche ses cheveux en pensant à sa coiffure et écarquille les paupières, bouche ouverte. Bon… personne ne remarque rien, tant mieux. Même si c’en est presque inquiétant quant à ce qui les retient. Elle s’approche de la console de Sana, point focal de l’assemblée. « Que se passe-t-il ?

- Garrisson a reçu plusieurs messages pendant son quart hier, en fréquence électromagnétique. C’était du bruit blanc, donc il a pensé à une vieille radio subspatiale de la guerre qui aurait craqué et dont nous recevrions maintenant les bugs. Et puis, j’ai écouté ; et là, je dois dire… Je ne m’attendais pas à ça. Il n’y avait aucun bruit, en effet, mais j’ai ressenti une souffrance comme jamais de ma vie. Je n’ai pas été confrontée aux horreurs de la guerre, enfin j’étais jeune et protégée sur Delta IV. Mais d’après ce qu’on m’a raconté et ce que j’en imagine, ça devait être du même ordre. Tenez, je vous fais écouter aussi... » Les quatre premiers messages sont joués, sous les oreilles circonspectes de tous, à l’exception de Voss qui agrippe son Canar, aussi noir qu’a l’évocation de Gul Mavat. Il retient l’attention de sa capitaine.

Elle a pris le temps, en cours d’écoute, de sauter dans son siège de commandement,. « Donc, clairement, il se passe quelque chose… C’est le message de quelqu’un qui souffre, mais qui n’arrive pas à parler... ».

Sana et Voss hochent la tête. « Mais ce n’est pas tout. Voici ce que j’ai reçu ce matin. »
Elle diffuse le nouveau message, et cette fois-ci, s'entend une succession de bruits électriques, comme des interférences. Les séquences sont simples, minimales, répétitives. L’émission doit durer un peu plus d’une minute. « J’ai, bien évidemment, trop peu d’éléments pour pouvoir traduire, mais j’ai pu distinguer quatre courtes séries. Un peu comme quatre… mots, si vous voulez...

- Donc ce qui nous parle ici est en train d’apprendre à se servir d’une radio électromagnétique.
Une question : est-ce que ce que vous avez pu distinguer si ce qu’on entend dans le dernier message est directement le son émis par ceux qui nous contactent, ou c’est la machine qui le transcrit comme ça ? ».

Vikhasjh intervient : « J’ai fait un scan et si c’est bien une transcription par la machine, le message d’origine est fait de simples impulsions électriques. 

- Donc on a quelqu’un qui apprend le fonctionnement d’une radio, communique par impulsion électrique et est limité à quatre mots ?

- J’ajoute que si comme j’ai dit, je n’ai pas pu traduire les mots par manque de référentiel, je sens que leur dénominateur commun est le mot mort. Sans pouvoir dire s’il est énoncé directement, mais on a quatre termes autour de la mort.

- Bon, on avance, ce n’est plus seulement la transmission d’une souffrance, c’est un appel de détresse conscient de lui-même. Une idée de la provenance ? ». Elle se tourne une nouvelle fois vers Voss.

- J’ai pu identifier la direction, estimer la vitesse et date… Nous sommes sur la planète Votrass II… une planète classe D, au cœur de la nébuleuse de Votrass… Non, attendez… je remonte dans les historiques… Elle est classée M avant la guerre du Dominion, puis D… et ensuite elle disparaît des cartes… On parle de la nébuleuse comme un nuage spatial à cheval sur les systèmes voisins…

- Une planète ne disparaît pas comme ça, incognito. Et je suppose que ces changements ne sont pas les fruits de débats scientifiques…

- Je ne trouve aucune trace de déclassement, ou de débat sur son statut. Elle a simplement été effacée des cartes. Sans aucune publication ».

 

La machine à calculer d’Aldar a du mal à se mettre en route devant l’aspect fragmentaire des informations mais plusieurs hypothèses commencent déjà à poindre : Le guet-apens avait été la première, mais il diminue, l’intérêt et la capacité de simuler un appel de détresse vieux de 12 ans constituant un gain d’efficacité négatif. Par contre, les découvertes d’anciennes et peut-être même toujours actuelles opérations secrètes Breen ou Cardassiennes dans une nébuleuse miniature commençent à prendre de l’importance. Ou bien un changement des propriétés physiques de cette partie de l’espace pour une raison naturelle ou induite.

 

 

« Bon, nous prenons quel vaisseau ? C’est trop loin pour un voyage en runabout. C'est une mission de sauvetage, on prend une équipe médicale et une équipe de sécurité complètes. Mais dans le Saint Bernard ? Il est un peu lent, ça ferait combien de temps ? Et le Dent-Blanche n’est pas vraiment fait pour la médecine.

- Capitaine, je vous déconseille un départ dans l’immédiat, nous ne savons rien de l'urgence, la situation réelle du système elle-même est inconnue. Nos radars longue portée y sont aveugles, nous n’avons aucune information. C'est l'espace inexploré à quelques années-lumière, et l'on ne peut y mener une mission sans être préparés et sur des éléments aussi légers. Si l’on calcule le rapport des risques aux bénéfices, nous pouvons déterminer le choix d’un lancement immédiat de mission comme irrationnel :

Nous avons 34 % de chances de tomber dans un piège, 77 % qu'un ennemi soit mieux préparé que nous au terrain en cas d'attaque, préméditée ou non,47 % de chances de trouver une anomalie ou un danger spatial auquel nous n’avons pas les moyens de faire face, pour 8 % de chances de trouver des êtres encore vivants à sauver. Avec plus de connaissances, nous augmentons notretaux de préparation et réduisons le risque de mortalité ou de blessures sévères dans une mesure allant de 110 à 1000 % selon l’étendue de nos renseignements ».

Corine gonfle les joues, baisse les yeux, puis relève la tête d'un mouvement vif pointant du bras tendu vers la baie vitrée et l'espace à sa gauche... « Mais s'il reste quelqu'un en vie et que notre attente est un facteur déterminant ?

- Les chances que deux jours d’attente soient un facteur décisif de la vie ou de la mort d’une personne ayant envoyé un message depuis 12 ans sont de moins d’une sur 2000.

- Mais ce sont peut-être deux jours de souffrance de plus.

- Corine, je suis désolée mais il a raison ». C’est la numéro un qui intervient. « Nous n'avons pas assez d'éléments pour justifier le départ d'une mission de sauvetage en urgence. Les termes du message ne sont pas traduits, et nous n'avons que l'intuition d'une souffrance et de morts il y a 12 ans. Selon le protocole, nous devons envoyer une sonde, et je ne peux en effet pas justifier une mise en danger tant que nous n'avons pas eu recours à cette possibilité.

- Et la directive de recherche et de sauvetage ? Ça fait pas partie de notre protocole ?

- La directive de recherche et de secours, ce n'est pas de voler à l'aveugle, sinon l'espace serait rempli de vaisseaux simulant la perdition et Starfleet perdrait des équipages entiers tous les jours.

Et surtout pas pour un message datant de 12 ans. Elle nous impose de nous assurer qu’il y a bien un sauvetage à effectuer et de nous préparer pour être en mesure de le faire. Corine, vous m'avez dit un jour que vous aviez besoin de moi pour vous faire vérifier que vos projets ne sont pas des mises en danger, qu’ils ne sont pas mal assurés, eh bien je suis là et c’est ce que je fais, maintenant. Vous savez que vous n'avez aucune idée de ce qui se trouve là-bas ni de comment y réagir. Vous ne pouvez pas avoir de plan… Lançons une sonde, Capitaine ».

Ses joues enflent à nouveau pendant son hochement de tête.

« Bon. J'ai le temps d'aller prendre une douche, du coup ».

Elle monte la légère pente sur la gauche vers Kroll et lui chuchote, en se levant sur la pointe des bottes « Je sens mauvais ? » Il tente d'atténuer son grognement et  l’accompagne de la grimace la plus sobre et compréhensive possible. Celle de sa capitaine est gênée. « Je suis désolée. J’ai privilégié l’urgence » continue-t-elle, bas. Elle se dirige vers la sortie et élève la voix : « Bon, allez, tout le monde on se revoit vingt minutes. Que la sonde soit prête ! » Puis court dans ses quartiers.

 

Durant les deux jours d'intermède offerts par le voyage de l’objet de reconnaissance, elle parvient sans mal à rester compétente et professionnelle, mais son esprit repart vite sur Votrass II. Pour diriger la station, elle s’occupe de manière quasi-routinière de chacune des tâches ordinaires, avec un niveau d’engagement allégé. Le plus gros de l’effort et de l’énergie reste concentré sur cet espace inconnu.

Alors qu’elle est concernée jour et nuits par les appels au secours, Sana partage son temps entre son statut de voix de la station sur la passerelle et son décryptage sur lequel elle s’acharne avec soin et rigueur dans ses quartiers. Dans le laboratoire de Voss, les écritures atomiques ont laissé la place sur les écrans à des cartes et des documents historiques, chacun marquant une époque et un statut différent de cette planète avec sa nébuleuse. Ces variations sont reprises par Aldar qui revoit ses calculs à chaque nouvelle donnée et ajoute des paramètres à chaque découverte. Des hypothèses se forment, se succèdent au sujet quiconque a pu effectuer ces changements et dans quelles finalités, établissant une multitude de scénarios possibles. Vikhasjh, lui, reprend aussi les historiques découverts, se demandant quels réseaux d’information ont pu mener à faire disparaître ou changer une partie de l’espace. Il a peu de renseignements sur l’ordre obsidien et les secrets du Dominion, mais si rien n’apparaît dans les rapports officiels, on a bien affaire à un modèle d’intervention de services de renseignements à grande échelle dont les répercussions se font sentir jusque sur le savoir collectif. C’est ce qui l’intéresse le plus. Il étudie les dossiers d’instruction de Starfleet intelligence auxquels l’amiral Nechayev lui a donné accès pour connaître les procédés de dissimulation à l’œuvre dans une manœuvre d’une telle ampleur.

L’esprit de Kaylinn est à l’affût de chaque nouveauté qui pourrait pousser Corine à briser les protocoles. Elle révise tout ce qui concerne les interventions de sauvetage pour devancer un éventuel élan impulsif de sa supérieure.

Il n’y a que Kroll qui reste focalisé sur la station tout en se tenant prêt à un départ en mission qu’il pense prochain.

Chaque nouveau message reçu en fréquence électromagnétique entre temps est un nouvel événement ramenant tout le monde au centre de commandement. Même le froid stratège dissimule avec peine son enthousiasme et sa curiosité. Le premier de ces messages comporte plusieurs nouvelles séquences, dans lesquelles Sana détecte des difficultés concernant les fonctions vitales. Ce n’est pas précisément de la mort qu’il est question mais des conditions qui la favorisent. Faim, asphyxie, soif, chaleur... elle ressent ces mots, elle peut les décoder. Dans la compassion générale, tout le monde félicite la linguiste pour cette première traduction de ce qu’on appelle déjà le Votrassien, même si l’on ne sait pas à qui il correspond.

Pour autant, l’idée d’une langue autochtone semble contredite par les recherches d’Aldar et Voss. Ils ne trouvent aucune trace d’un quelconque peuplement massif dans l’historique connu de cette planète. Ni sur les anciens registres cardassiens ni dans le moindre enregistrement de navigation accessible. Quand bien même beaucoup ont été perdus, ce qu’il en reste devrait être suffisant pour établir l'existence d'un groupe local d'individus. La planète est connue, certains vaisseaux s’y posent pour différentes raisons, la réparation étant la plus fréquente, mais rien d’autre. Une espèce inconnue en escale ? Qui aurait débarqué là sans connaître le fonctionnement d’une radio ?

D’anciens prisonniers pour les Breens ou Cardassiens abandonnés pendant la guerre et qui auraient essayé de survivre ? Ce serait le plus probable. À condition qu'ils aient eu leur propre langue au préalable.

Le message suivant semble plus axé sur les ressources. Sana ressent la carence comme une tonalité associée aux impulsions électriques, sans pouvoir l’associer à une seule série en particulier.

Selon Aldar et Voss, cela donne du crédit à l’idée d’une réelle transformation de l’atmosphère, mais de là à ce que cela ait transformé l'endroit en planète de classe D, le saut serait immense. La probabilité que l’un des alliés du dominion ait effectué des opérations douteuses et ait voulu les cacher reste encore la plus forte. L’idée que ces forces y seraient encore postées, cachées dans la nébuleuse reste, selon le stratège, à ne pas exclure . C’est pour le Lieutenant Commandeur la raison principale d’attendre l’arrivée de la sonde.

 

Et un peu moins de quarante huit heures après l’envoi, à une demi-heure de l’heure d’arrivée prévue du module de reconnaissance, l’état-major est au complet. Il devait y avoir cette ambiance, aux début de l’exploration spatiale quand une mission était dans l’attente imminente de son but… Laïka, les premières photos de la face cachée de la lune… Le commandement de Barbacid est au complet devant son propre inconnu, sa propre découverte, et le final de sa phase d’observation prêt à être dévoilé.

 

« Arrivée prévue dans 10 minutes ».

Tout le monde est à son poste, aux aguets. Corine balance ses pieds sous son siège de capitaine depuis son arrivée. Elle se tient encore au rebord de l’assise, le buste penché vers l’avant, attirée par l’écran encore noir mais prêt.

 

« La sonde est arrêtée ». Le grand silence. Avant que Sana ne bouge les bras et la tête dans tous les sens sur ses tableaux de bord. « Je reçois ! » Les dents se serrent et les yeux s’illuminent...

Quand soudain, les images. Pour l’instant, le visuel est flou, et donne peu d’indications. Il s’agit d’une planète, aux contours diffus, cachés par un voile luminescent. Votrass II existe bel et bien.

« Sana ?

- Planète de classe M. pression atmosphérique 1.1G… Attendez ! On a un message ! Ils envoient encore des messages ! Il y a des survivants ! »

Tout le monde applaudit.

Elle s’active encore plus. « Attendez... » dit-elle pendant que l’image se fond dans le nuage. Un jour blanc occupe tout l’écran « c’est énorme… C’est beaucoup plus gros… C’est totalement différent des derniers messages! La quantité de données est incroyable ! Ce n’est pas du tout la même méthode et c’est beaucoup plus élaboré ».

La réaction de la première témoin directe de ce signe de vie contraste avec l'ambiance alentour : ce n'est pas une manifestation de résilience ou de guérison qui la saisit mais le signe d'une souffrance continue et d'une lente agonie. Hormis le second empathe de l'assistance, Kaillyn est la première à remarquer cette dissonance chez sa subordonnée. « Tout va bien, Sana?

- Ils n'en sont pas sortis... Ils approchent de la fin... Oh... Non…

- Quoi ?

- J'ai ressenti une tonalité... J'ai une sensation, j'en cherche le mot dans ce long texte. C'est beaucoup plus long que les messages d'hier... Hier, chaque sensation était un mot qui était une impulsion électrique... Ici c'est un langage écrit et transposé sur des touches, plusieurs frappes sont une lettre ou un caractère... Je... Ici ! » Ce dernier mot est alerte, criard.

- Quoi, Sana? » Corine a agrippé ses accoudoirs. Elle y enfonce ses ongles rongés.

« Le mot est extermination ».

C'est... Il reste des survivants?

- Oui, je ressens de la vie... Ces gens qui nous contactent sont encore en vie. Combien, je ne sais pas, mais quelqu'un est là ».

Un court soupir, une légère inflexion du coin des lèvres accompagnent une contraction des iris de la capitaine.

« Je ressens la même chose, mais les données biologiques le contredisent. Je n'ai aucune présence de règne animal, les seuls mouvements sont stationnaires, conformes à une flore de planète de classe M, aucun mouvement, l’activité bio-électrique est nulle en dehors de celle d’une biomasse, je ne trouve rien qui pourrait correspondre à une activité synaptique sentiente, la moindre trace de vie est végétale et inerte » survient de la droite, au poste scientifique.

« Regardez ! » est grogné du côté opposé. À ce moment, le flou nuageux de l'image laisse la place à la première vue du sol planétaire. Un sol terreux, et travaillé, parcouru de sillons agricoles. Mais ces traces de développement sont inhabituelles, anarchiques, incohérentes sur le plan technique. Aldar pense à un stade primaire de culture qu'il n'a jamais rencontré ailleurs : comme si un instinct capable de cultiver la terre se doublait d’une rationalisation insuffisante pour le rendre efficace. C'est troublant mais pas tout à fait impensable : l'histoire technologique de nombreux peuples suit parfois des cours irrationnels, ou bien chronologiquement peu voire non-linéaires. Une espèce a tout à fait pu avoir une pensée agricole sans avoir envisagé son optimisation géométrique. Les traces d'un peuple au développement primitif, de toute évidence.

Quoique relativement proche des mêmes conclusions sur le plan théorique, Voss n'en admire pas moins l'esthétique. Ce n’est peut-être pas le modèle le plus efficace sur le plan de la gestion agronomique, mais ce dripping agricole est impressionnant à voir, bien plus saisissant que si ces champs dessinaient un Mondrian.

Le tacticien est pris par une nouvelle hypothèse. « Enseigne, vous êtes certaine de votre terme d'extermination ? Le concept que vous venez de traduire implique bien une intervention extérieure ? L'un des messages d'hier évoquait les ressources mais ce que nous voyons ici manifeste des lacunes énormes en capacités d'exploitation... » Il est vrai que les variations pour le moins mensongères sur la classe de la planète, et sa disparition cartographique récente attestent bien un élément externe dans son histoire mais plusieurs facteurs peuvent coexister. D'autant que l’un peut aussi influer sur l'autre : Les Breens ou Cardassiens ont pu faire stagner ou régresser quiconque a vécu ici. L’hypothèse d’une culture qui se serait auto-détruite gagne néanmoins quelque peu de crédit.

« Absolument, Lieutenant-Commandeur, j'avance dans le corps du message, et il est question d'air et de poison.

- Aucune trace d'habitation ?

- Aucune.

- Des hommes des cavernes agricoles... »

Corine fronce les sourcils devant l’adjoint tactique. De même que la numéro un dont la tension musculaire rend les tâches frontales plus visibles. « Et alors ? » elle tourne la tête de l’autre côté «  Vikhasjh, vous pouvez suivre les sillons?

- Tout de suite, Commandeure ».

La consigne est difficile à appliquer du fait des entrelacs rendant le chemin labyrinthique, et plusieurs mauvais choix ramènent au départ. Même en restant dirigé sur un même point cardinal à chaque intersection, le parcours revient souvent en arrière. Puis vers de nouveaux nœuds. Aldar atteint la limite de sa compréhension. Des nœuds de labourage ? On est au-delà de la mauvaise gestion, ici. Comment peut-on être assez intelligent pour inventer l’araire et assez stupide pour mêler ses raies ? Vikhasjh soupire. « Ok, pardon, je vais dézoomer et prendre un tracé isolé près d'un bord ». Corine perd patience et saute de son fauteuil. « Écoutez, on a un message en direct, on sait que quelqu'un est en vie, on a des témoignages de souffrance et d'extermination, il n'y a pas une minute à perdre.

Le professeur secoue la tête. « Mais nos senseurs n'en détectent rien. Et concernant l'air empoisonné, je ne détecte que des désherbants agricoles ».

- Attendez ! J'ai quelque chose ». Le technicien radioguideur arrive enfin à afficher l'extrémité d'un sillon. Au terme de celui-ci, un bac de terre, aux parois de pierre, monté sur des roues ou meules artisanales. Rien d'autre.

« Qu’est-ce que c’est ?

- Leurs… "charrues"… De toute évidence, ils remuaient la terre et la déplaçaient ». Kaillyn regarde vaguement vers l’écran. « Mais alors pourquoi prendre des charrues si c’est pour simplement mettre la terre dans des pots ?

- Une sorte de stade intermédiaire irrationnel… Ils n’avaient peut-être pas encore compris l’intérêt de leur invention… Ou alors ils étaient retenus par le poids de ce qu’ils considéraient comme une tradition.

- D'accord, on a de toute manière assez de mystère pour justifier la mission et on sait que l'espace est praticable. Il reste juste à vérifier l'absence de toute armée cachée et l'on peut partir…

- Je suis d'accord avec vous, Corine, mais juste une minute, s'il vous plaît... On n'a pas trouvé de trace de vie sentiente ou animée... Qu'y a-t-il à la source du signal radio ? Sana, vous pouvez donner les coordonnées à Vikhasjh?

- Je suis désolée, Commandeure, mais les échos sont multiples sur des parois minérales, ça vient de partout… ». Voilà l’élément qui manquait à Aldar. Il jaillit vers le centre, le doigt en avant « C'est une technique de dissimulation Breen, cela ne fait aucun doute ! Capitaine, je suis quasiment certain que c'est un piège mais quoi qu'ils fassent il faut les arrêter. Embarquez deux escouades de sécurité ». Il est désormais certain à quasiment 100 %. Seule la mise en scène des raies de labour le retient. Même la communication électromagnétique de 12 ans a pu être programmée…

Les yeux de Sana se font sollicitants, « Corine... Je perçois une souffrance sincère. Des Breens ne peuvent pas simuler cela.

- Je ressens la même chose et suis d’accord avec elle », ajoute Voss dont les reflets dans le cristal bleu ont verdi puis jauni.

« D’accord. Que la logistique prépare le Dent-Blanche d’urgence. Je veux deux escouades de sécurité et une unité médicale. Sana, j'ai besoin de vous. Kaeline, je vous confie la station, Kroll, vous venez avec nous, et vous laissez Bakhadur diriger le reste des troupes ici. Vikhasjh, vous aussi, vous êtes avec nous. Govir prend votre console, ici... Aldar, avec moi aussi. Et les 10 hommes déjà en station sur vaisseau. L’enseigne Delili vient d’être promue sous-lieutenant, c’est cela ? Vous lui faites confiance pour votre remplacement sur cette passerelle ?

- C’est le meilleur choix à ce jour, Capitaine.

- Bien, si Mornay ne survient pas ici en courant, dans les minutes qui viennent, Delili prend la charge tactique. J'ai fait le tour ? » Le regard déterminé de la petite Valaisanne parcourt la passerelle. « Personne n’a rien à ajouter ? Bien. On est partis. Je veux tout le monde à quai dans 30 minutes ».

30 minutes… Le temps de la préparation de son équipe, de son matériel médical… Et de ses précautions personnelles. Elle se dirige vers ses quartiers et appuie sur son combadge. « Major Zinn ? J’ai besoin d’une équipe d’urgence. Départ en mission à 12 années lumières. Je veux les docteurs Ranchuk et Neb’endj prêts dans 27 minutes au quai du Dent Blanche et 4 infirmiers. Les Docteurs Verpil, Abalakundja, Grilluk et Tqdin, Stephens, Altone, Stronk,et 10 infirmiers doivent se tenir prêts à partir deux jours plus tard avec l’USS Saint Bernard. »

- Oh, c’est formidable, Corine ! Je me demande quelles aventures vont bien pouvoir…

- S’il vous plaît, Zinn, je suis désolée, j’écouterai tout cela mais c’est une urgence.

- Oh, mais une urgence. Comme c’est excitant ! Je les préviens tout de suite, Corine ».

 

Elle entre dans ses quartiers. Toujours aussi mal rangés. Elle commence à prendre son matériel médical… Puis soupire. Elle sait ce qui l’attend maintenant. Cela lui soulève le cœur et la ramène à sa condition. Et cette fois, pour un probable premier contact. Avec un voyage de plus de deux jours. Elle doit prendre des réserves, en les cachant au fond de son sac ; et s’assurer dès maintenant. Sur elle. Le rituel recommence. Le dégoût et l’apitoiement lorsqu’elle prend le tout dans la salle de bains. Les larmes retenues au moment de l’installation et du serrage. La respiration profonde au rhabillage. Le regard dans la glace. Mais cette fois, elle sourit. Garak n’avait pas menti. Même pas besoin d’ajustement. C’est sa première occasion de le constater. Ses uniformes sont merveilleux. Ah, et il faut en prendre deux autres, ils ne se répliquent pas… Un dernier regard dans la glace, à l’arrière, en bas. Elle est radieuse. Pour la première fois depuis ses années de cadette, elle quitte ses quartiers légère au moment de partir en mission. Ses pas sont sautillants.

 

 

 

Après l’engagement des premières heures, et l’enthousiasme du début du vol, Corine constate vite à quel point ce choix de l’USS Dent Blanche rend les conditions difficiles. C’était néanmoins l’option la plus évidente pour deux raisons : D’abord, Aldar ayant pensé à un piège, il n’aurait pas laissé partir sans couverture l’USS Saint Bernard, le vaisseau médical de secours rattaché à la station Barbacid. Ensuite, la vitesse offerte par un vaisseau de classe Defiant épargne plusieurs jours de souffrances à toute personne en danger. C’est à peine croyable que la Fédération n’ait jamais pensé créer un vaisseau médical rapide. Comme si le combat devait exiger plus de vitesse que le secours… On en apprend sur les priorités d’une organisation quand on voit ce sur quoi elle pousse ses moteurs. Malheureusement, le soin ne semble pas être celle de Starfleet. Quand elle repense aux motifs de son engagement, elle gonfle les joues. Pour une mission de sauvetage efficace, a fortiori en territoire inconnu, il faut envoyer d’abord un vaisseau de combat en éclairage et sécurisation, pour qu’ensuite le convoi médical puisse rejoindre la zone. Même ce type de missions doit être effectué d’abord sur un appareil de guerre pour gagner du temps. Un temps qui devrait être au soin. Que penserait Aldar d’une telle gestion des ressources ? Peut-être qu’il pourrait aider à justifier la demande de conception d’un vaisseau médical à distorsion 9 ou plus. Elle se trouve donc là, à constater les difficultés :

L’aménagement est spartiate. L'installation, malgré de légers arrangements médicaux, reste centrée sur l’efficacité guerrière. Aussi, pas de loisirs, et tout le monde se marche dessus. La cohésion qu’elle s’est battue pour obtenir est mise à mal par des choix clairement bellicistes. Mais elle avait besoin de ces moteurs. Même si tout le monde en subit les effets.

 

 

Les panneaux arrachés et câbles dénudés à portée des couchettes retiennent Aldar de passer autant de temps qu’il voudrait chez lui. Aussi, les réparations nocturnes constantes lui rendent le sommeil difficile pour des gains marginaux voire nuls. Après seulement quelques heures de vie en commun avec Vikhasjh, le tacticien trouve ses calculs d’efficacité comme ultime recours pour pouvoir tolérer les facéties du technicien dans leur dortoir. Savoir que ces dernières sont les conditions des grandes réussites du Rotciv lui permet de le laisser faire en vue d’un éventuel bénéfice ultérieur. Les chances sont suffisamment élevées pour son propre sacrifice. De l’autre côté, la reconnaissance des opportunités offertes par le tacticien et sa faculté à fournir des hypothèses incite le technicien à essayer de se retenir. Un peu.

Sana, elle, se sent bien lotie : Elle découvre la personnalité du Dr Neb’Endj, une efrosienne, la plus grande spécialiste en empoisonnement chimique sur la station, et peut-être de la Fédération toute entière. Une femme manifestement ouverte, avenante, érudite, et qui attise la curiosité de la jeune deltane. Dès le premier soir, les discussions sont sans fin sur la découverte d’agents chimiques, la manière de les arrêter, ou bien sur l’empathie, qui permet de reconnaître des sensations puis de trouver leur équivalents dans des mots ou expressions, lesquels peuvent donner les premières clefs d’un langage. En mettant en commun leurs travaux respectifs sur la situation de Votras, Sana confirme l’idée de poison, et le Docteur lui répond qu’elle n’a toujours rien trouvé qui pourrait être nocif pour la moindre vie sentiente qu’elle pourrait imaginer. Rien, ne serait-ce que de potentiellement allergène. Nous sommes toujours dans une atmosphère de classe M, respirable pour toutes les espèces animales connues. Le mystère semble attiser leur curiosité à toutes deux et continuer de les rapprocher. Parfois, la conversation est entrecoupée de quelques plaisanteries capillaires, ou bien diverge sur leur vie personnelle et leurs espoirs ; et enfin, sur les phéromones de la linguiste, auxquelles la médecin spécialisée accorde une curiosité particulière. La Deltane continue de porter des combinaisons quasi intégrales sous son uniforme ainsi que des gants, ce qui s’explique plus par l’appréhension d’une accusation que par les effets réels d’un contact accidentel.

 

Après plusieurs incidents et devant une tension palpable au repas du deuxième soir au mess, la capitaine sait qu’elle ne peut plus feindre d’ignorer la situation. Au mess, elle demande un cri à Kroll pour obtenir l’écoute générale, puis s’appuie sur le mobilier, saute sur un banc, et, encore trop peu surplombante, effectue un nouveau bond sur la table. Vikhasjh a commencé à rire avant même la prise de parole.

« S’il vous plaît ! J’aimerais votre attention ! Je sais que ce vaisseau n’est pas le plus facile pour un déplacement de deux jours, et croyez bien que si j’avais pu obtenir les conditions que je souhaitais, le voyage serait beaucoup plus agréable. Je vois bien que cela commence à peser sur l’entente générale. Et je n’ai pas de caquelon à fondue pour y remédier. Je ne suis peut-être pas non plus la plus douée pour les discours de motivation, mais je dois vous rappeler que chacun de nous a une bonne raison d’être ici. Nous faisons tous une bonne action. Alors s’il vous plaît, que ce soit maintenant ou au premier signe de dérangement, et à chaque autre, je vous demande ceci : regardez bien votre voisin de chambre, ou qui que ce soit qui pourrait commencer à vous énerver et rappelez-vous cela : Ce que fait cette personne est bon. J’espère que cela vous incitera à rester ouvert aux autres. Et transmettez le message à ceux qui ne sont pas là maintenant, s’il vous plaît. Et… J’ai fini ». Elle glousse. « Merci de m’avoir écoutée. »

Pendant que chacun suit la consigne du regard mutuel, elle s’accroupit, jambes serrées malgré tout, et se tient à chaque rebord pour redescendre. Elle inspecte la montagne mobilière puis tout le monde autour et sourit à l’idée qu’elle n’aurait jamais été capable de cela avant l’uniforme de Garak.

 

 

Durant la nuit, Vikhasjh, qui a replacé en vitesse tout ce qu’il avait retiré, décide de se coucher tôt sans nouvelle réparation. Lorsqu’Aldar lui dit qu’il peut se laisser quelques bricolages, il se voit répondre « non, nous arrivons demain dans l’après-midi, je veux être prêt ». Le Zakdorn hausse les épaules sur son lit et s’endort.

Corine finit son dernier quart peu après, encore une ronde sur les différents ponts pour vérifier les tensions, mais la soirée a été plus calme. Peut-être n’est-elle pas si peu douée pour les discours de motivation, après tout. Elle rentre dans sa cabine, prépare ses affaires du lendemain, se met au lit dans sa tenue de nuit blanche sobre et habituelle.

Sana, elle, profite de la nuit pour progresser autant qu’elle le peut sur le langage Votrassien.

Durant son dernier quart au poste de communication de la passerelle, elle continue de passer et repasser les lignes de frappes, les lettres… Elle concentre ses sensations dessus, séquence les éléments, le comprend de plus en plus : à force de mots, elle parvient aux structures, aux formes grammaticales, ces dernières donnant des contextes qui enrichissent le vocabulaire. A la fin de son quart, ce sont plusieurs fragments syntaxiques qui peuvent être décodés, jusqu’à parfois des phrases.

Elle est prête pour les prochains messages, demain en sortie de distorsion. Il est temps d’aller se coucher, elle devra être en forme.

 

 

Le réveil, après la douche à eau, installée aussi dans le Dent Blanche, est, pour la Capitaine, le moment de son dernier rituel, celui qui sera en place au moment du premier contact. Elle ferme les yeux à cette idée, ne pouvant éviter de se voir comme une petite femme humiliée alors même qu’elle cherche à sauver une espèce. Encore une inspiration et elle installe puis serre et recouvre à nouveau. Elle enfile son uniforme du jour et hoche la tête. Le regard dans la glace, sans aucun besoin d’ajustement, intervient désormais comme un moment de libération, celui durant lequel la honte disparaît.

 

Puis, c’est le briefing matinal avec les dirigeants de section. Avant la sortie de distorsion, elle peut laisser la vérification des commandes au seul état-major.

- Bien, nous serons en vue de la planète dans quatre heures. Nous devons mettre au point les objectifs et le plan. Lieutenant-Commandeur, vous privilégiez une approche de sécurité.

- C’est exact. Les équipes médicales devront rester en retrait tant qu’elles n’ont pas reçu le signal qu’une zone est sécurisée.

- Bien. Quelles sont nos zones cibles prioritaires ?

- Le pied des falaises sans hésiter. C’est là que les signaux radio apparaissaient brouillés. Et c’est uniquement là-bas qu’une présence Breen ainsi que toute opération passée ou présente de leur part pourrait trouver son point de ralliement. Les chances d’obtenir des réponses dans la zone sont de 100 %.

- Attendez, qu’est-ce qu’on compte, les chances que si l’on va là-bas, on trouve des réponses, ou bien des chances comparées avec d’autres lieux ? Ou la probabilité d’obtenir les réponses les plus rapides ? Je veux dire… On n’envoie personne enquêter sur les sillons ?

- En fait, cela pourrait être une bonne idée… Lieutenant » Il se tourne vers Vikhasjh « Votre apport à cette mission est optimisé à 100 % si vous êtes à l’analyse de l’émetteur radio, mais un de vos hommes ici sur le pont pourra-t-il ramener une escouade dans des grottes en proie à un écho minéral radio en cas de besoin ? »

Le technicien claque des doigts qu’il lève « eh bien, Lieutenant-Commandeur, j’ai deux bonnes nouvelles et une mauvaise nouvelle ! J’intercale cette dernière au milieu des deux autres ? » Il n’attend pas la réponse : « bien, la première bonne nouvelle, c’est que n’importe quel cadet de ce vaisseau pourra faire l’affaire, et un membre entraîné de mon excellente équipe, encore plus. Il y a un peu de bruit de biomasse par-ci par-là, mais si les hommes ne jouent pas à s’accrocher dans les arbres et les lianes, les transferts devraient être rapides.

La mauvaise, c’est que ce n’est pas ici que se trouve la difficulté. Il ne peut pas le faire tout seul, il lui faut un agent de sécurité très compétent au sol, pour filtrer les roches. La bonne nouvelle c’est que j’ose considérer en être un. Je viens dans les grottes… C’est là que se trouve la radio, non ? 

- Bien, Vikhasjh, vous accompagnerez l’équipe grotte. Pendant ce temps, une autre équipe suivra les sillons ». Sana, retournée sur son dossier les coudes au-dessus de l’appui-tête regarde sa capitaine, un œil élargi « mais pourquoi voulez-vous suivre les sillons si les senseurs n’ont pas trouvé de formes de vie ? Ils sont forcément cachés dans les grottes…

- Mais ils sont forcément passés par là où l’on trouve les sillons. Si l’on suit leurs traces, on pourra peut-être découvrir où ils sont entrés, et où ils sont cachés, même si c’est sous le sol. Et ce n’est peut-être pas là où l’on le croit qu’ils sont les plus nombreux ».

Les yeux d’Aldar deviennent immenses, sa mâchoire pend derrière sa bouche fermée. Encore une intervention désarmante de sa capitaine, totalement imprévisible et incroyablement sensée. Toujours en suivant l’homme plutôt que la logique. C’est simple et tellement évident que personne n’y avait pensé. Une stratégie humaniste, celle du médecin de campagne, encore. Elle a toujours des choses à nous montrer.

Corine se retourne, vérifie derrière elle. « Bien, avant de commencer la composition des équipes, quelqu’un a-t-il des questions ou objections ? »

- Non, Corine.

- Non, Capitaine.

- Alors voilà. L’équipe Grotte sera dirigée par Aldar, avec Kroll et une escouade, Vikhasjh et Sana, qui vous aura aussi besoin d’accéder à la radio. Si des éléments chimiques ont été installés par les Breens, ils seront de ce côté, donc le docteur Neb’endj et deux infirmiers partiront avec vous. De même que Voss, il y aura sans doute du travail scientifique.

En ce qui me concerne, je pars derrière la deuxième escouade de sécurité, le docteur Ranchuk et deux infirmiers. Et un officier technique aussi pour nous aider avec les traces. Nous suivrons donc les sillons. Composez vos équipes et transmettez vos instructions individuellement par PADD. Vous avez trois heures et trente-cinq minutes ». Kroll, Aldar et Vikhasjh s’apprêtent à sortir et Corine retient le dernier « Vikhashj, je peux vous retenir, quelques minutes avec Sana ?

- Bien entendu, Corine. »

Sana se tourne. « Oui ? 

- L'un de vous peut-il aussi s'occuper de vérifier toutes les raies de labour, et de chercher si nous perdons la trace de certaines avant les bacs de terre, pour une quelconque raison ?

- Sana, vous vous en occupez ? Je dois préparer mes filtres.

- Je m’en occupe tout de suite, Lieutenant Vikhasjh ! ». Elle fonce le nez sur sa console et travaille sur les scans de la sonde.

Quelques minutes plus tard : « j’ai plusieurs sillons perdus à l’arrivée dans une forêt dense.

- La même forêt ?

- Oui.

- La même entrée ?

- Parfois oui, parfois non.

- Bien, voilà une piste. Entrez les coordonnées de téléportation sur le point de lisière qui a le plus de sillons.

- Très bien, Corine ».

 

L’heure approche. La voix de la station et désormais du Dent-Blanche indique le vaisseau prêt à sortir de distorsion dans trois… deux… un… !

L’image. La planète, trouble, d’abord dans le halo de lumière né de la réverbération de la nébuleuse sur les nuages. Entre ces derniers, les reflets verts et ocres. Respectivement des océans et continents.

« Science, premier scan ?

- Toujours pareil : Aucune trace de vie animée, ou d’activité sentiente, pas d’activité synaptique au-delà d’une végétation intense dans les normes supérieures de la biomasse d’une telle planète. Mais toujours dedans. Pas d’anomalie.

« Communication, pas de message radio en cours ?

- Rien.

- Mais vous sentez encore la vie, et les mêmes êtres en souffrance, Sana ? Et vous, Voss ?

- Toujours.

- Je confirme ».

Elle touche son combadge « Ok, on commence par l’équipe Grotte, tout le monde en place ! Salle de téléportation ! Bonne chance à tous. On se retrouve ici dans quelques heures, si tout va bien.»

Plusieurs personnes entrent sur la passerelle, prennent la place de tous ceux nommés quelques heures auparavant, qui sortent.

« Lieutenant Commandeur, vous êtes en charge de l’équipe. Dites-moi quand vous êtes prêt.

- Nous arrivons, Capitaine. Je vous donnerai le signal. » Quelques secondes de silence, pendant lesquelles Corine fixe la planète, semble chercher quelque chose, se mord la lèvre inférieure.

« Maintenant !

- Téléportation, c’est à vous. »

Quelques nouvelles secondes d’attente.

« Lieutenant commandeur, ici Capitaine Fargis, êtes-vous en place avec toute votre équipe devant la première grotte ?

- Tout à fait, Capitaine Fargis. Nous commençons l’opération tout de suite.

- Très bien. »

Elle prend une inspiration regarde autour d’elle, retape sur son combadge :

« Équipe Sillons, en place en salle de téléportation, tout de suite. » Un signe de tête à toute la salle.

« Bonne chance à tous ». Elle sort et parvient en salle de téléportation. Elle y retrouve des visages plus ou moins connus, tous déjà aperçus. Et un dinosaure à visage rouge en uniforme médical. « Bonjour Docteur Ranchuk.

- Bonjour Docteur Corine ! » 

Les infirmiers et l’agent technique sont là eux aussi, dans la même vague de départ, et elle les salue pendant le départ de l’escouade de sécurité.

 

Au sol, Kroll et l’équipe des grottes se trouvent directement rematérialisés devant une entrée en forme de demi-cercle à cinq tunnels.

Il grogne des ordres et les agents se disposent en cercle devant chacune d’elle.

« Attendez un peu, j’installe mon premier filtre ». Le chef technicien commence à inspecter la roche au tricordeur. « Ici... ». Il sort son phaseur, sélectionne le mode et débute un forage.

Aldar s’approche du chef de sécurité : « Lieutenant. Quand il aura fini, nous prendrons tous le même chemin. Une extrémité. Je veux trois hommes à l’avant, trois hommes à l’arrière qui marchent à reculons. »

Nouveau grognement léger et la tête cornue s’incline.

« C’est bon ». Il touche son combadge « Glenn, vous confirmez que nos signatures sont stables et distinctes ?

- Je confirme

- Très bien ». A tous « Nous pouvons y aller ». Kroll hurle des ordres et avance sur dans le tunnel droit.

« Attendez ! » Tous se retournent vers Sana.

« Au lieu de se diriger au hasard… Voss ? Votre Canar ? Vous indique-t-il une direction ? »

Le haiian se saisit de son pendentif, le monte à la hauteur des ses yeux, effectue le pourtour du demi-cercle. Le premier tunnel à gauche n’engendre aucune altériation lumineuse, pas plus que le deuxième ni celui du milieu. Devant le deuxième à droite, des teintes jaunâtres se font observer au fond du cristal bleu. « Ici ! ». Aldar inspecte l’embouchure. C’est le plus étroit. Idéal pour un piège, mais c’est précisément ce sur quoi il compte. Se faire piéger pour surprendre l’ennemi avec une autre escouade directement téléportée.

« Allons-y ! »

Kroll appelle ses hommes, et ventile devant l’entrée. « Trois devant. Allez !

 

Le premier pied tout juste posé sur Votrass II, Corine est saisie par l’étrange et inhabituelle lumière. Elle contemple plusieurs secondes ce ciel rose pastel, les yeux brillants et le sourire persistant. Sur sa gauche, la lumière blanc crème aux contours flous d'une étoile naine blanche au filtre d'une nébuleuse. C’est magnifique ! Elle pourrait rester des heures sans ce sauvetage auquel elle revient. À ses pieds, une voie de plusieurs raies parallèles et proches « On a une route, on dirait ». Elle glousse. Les agents de sécurité semblent attendre les directives.

« Et bien on la suit, non ? » Ils se mettent en route. Une communication les interrompt très vite.

« Capitaine Fargis, ici l’enseigne Glenn. Je voulais juste vous prévenir que l’activité bio-électrique de cette forêt est intense. Le sol est très minéral, et sans doute lié à un réseau mycélien intense. Vos signatures biologiques seront floues donc si vous pouviez, pour des raisons de sécurité, éviter, ou bien de trop vous écarter, ou bien au contraire de vous monter dessus… Oh, et aussi, de trop vous mêler aux arbres et aux plantes, cela rendra les choses plus faciles pour moi ». Elle ressent un léger soubresaut à ce moment, s’interroge une seconde puis répond :

« Très bien Enseigne Glenn. Est-ce que verrouiller nos signaux sur les combadges rendra le suivi plus facile ?

- En effet, Capitaine, mais les consignes de sécurité restent les mêmes. 

- Entendu, Enseigne. Merci. »

 

 

« Des raies ? Dans des grottes ? » L’équipe est arrivée à un nouvel embranchement. Devant eux, deux tunnels, et le sillon passe de l’un à l’autre. Pour le tacticien, c’est un argument supplémentaire contre l’hypothèse agricole, même si beaucoup de peuples ont rationalisé a posteriori des techniques initialement utilisés à d’autres fins.

L’idée d’un piège Breen approche de plus en plus la certitude. Le pourquoi et comment de toute cette mise en scène reste assez peu clair, mais peut-être est-ce fondé sur certains autres peuples de leur partie de l’espace.

Autre hypothèse, le moyen d’orientation. Pas incompatible non plus avec le piège.

Le reste… : , les explications religieuses et linguistiques en admettant qu’il y ait eu un peuple vivant ici.… Et le moyen de transport. De matières premières, peut-être ? Et de terres fertiles comme ils l’ont vu par la sonde…

« Voss ? Quel côté ?

- Attendez ! »

Sana se trouve devant une paroi, sa lumière éclairant des gravures à formes géométriques alignées.

« C’est une écriture !

- Du Breen ?

- Négatif. Avec une absolue certitude… Attendez ! » Elle éclaire chaque lettre, les compte, inspire, « Je… j’ai déjà ressenti ça ! » Elle vérifie son PADD et relit les précédentes réceptions. En version originale puis ses traductions.

« Enseigne ! Vous en avez encore pour longtemps ?

Elle s’emballe et lève les avant-bras, poings serrés « C’est leur langage élaboré ! Les messages plus longs ! C’étaient des transpositions de leur écrit sur les touches de la radio ! »

Il y avait donc bien des autochtones. Ce qui n’élimine pas les Breens, ni la possibilité d’un piège. Mais cela les exclue peut-être de la question des raies. Reste à savoir pour le tacticien si les deux espèces sont encore présentes, et dans ce cas, laquelle ils vont croiser en premier. Aussi, le Canar les mènera-t-il à cette radio ?

Sana enregistre l’écriture murale sur son PADD « Je suis prête ».

La voix de Vikhasjh se fait entendre du fond de leur cavité, près du tunnel dont ils viennent de sortir « Enseigne Glenn, vous me recevez ? Pouvez-vous vérifier notre signal ? Très bon ? Bien, c’est parfait ! J’ai fini aussi pour ce filtre. On peut y aller ! 

- Lieutenant Voss. Montrez-nous le chemin. », reprend le Zakdorn.

 

 

Dans la forêt, on continue de suivre les trois raies. D’un coup, Corine ferme les yeux. Une vague la traverse. Une sensation qu’elle n’avait pas connue depuis… Le patient de verre. Quelque chose entre en fusion avec elle. Avec son corps, au plus profond d’elle. Jusque dans ses atomes, pourrait-elle dire. La résonance, l’accord, l’intrication totale. Elle est saisie, ne peut l’ignorer. Elle respire. Elle fermait déjà la marche mais le groupe commence à se détacher. Elle hésite, puis tourne, disparaît de leur vue. L’Enseigne, au téléporteur, réagit. « Capitaine ? Ici l’Enseigne Glenn. Tout va bien ? Vous vous êtes mise à distance du groupe !

- Affirmatif. Tout va bien, Enseigne. Ne vous préoccupez pas de moi. Je dois vérifier quelque chose.

- Bien. Je vous rappelle si le groupe s’éloigne de plus de 500 mètres. Et un appel de vérification toutes les 20 minutes ? Ca ira ?

- Très bien, Enseigne ».

 

En chemin dans les tunnels, après des simulations sur les correspondances entre les lettres et le nombre de frappes, Sana finit de transposer une phrase : « nous l’avions dit en le langage du vent… » Elle a déjà lu cette expression, qu’elle avait jusqu’ici assimilée au langage des impulsions, lui aussi explicitement précédemment mentionné dans d’autres messages. Mais cette fois-ci, les deux sont référencés dans le même. Ils ont trois langages différents ! Le vent ? Le bruit blanc ? Elle se saisit de son oreillette, écoute le message, effectue un scan à haut balayage de fréquence. Il y a bien une vibration de l’air. Elle ressent encore la souffrance initiale, mais, mieux préparée, peut la supporter… Elle ressent encore la mort… Une douleur au ventre… Une cassure ! Des enfants… ?
Des œufs ? Ils pondent des œufs ? Elle se concentre sur les passages concernés… Cherche les fréquences, cela ne donne rien… Les autres messages, les écrits, par radio…

« La radio ! » grogne Kroll.

 

Seule depuis quelques minutes, Corine suit les impulsions incessantes. Elles l’ont repérée, s’adressent à elle. Elle s’y dirige… Et là, elle la découvre : Une plante, belle, majestueuse, colorée de feuilles vertes et fleurie de pétales violets que seule la luminosité distingue de la nuit tombante. La femme respire profondément, son sourire est radieux, puis s'atrriste. Les appels sont répétés, et dans cette résonance, elle ressent une détresse, en elle, encore une fois. La manière d’y pallier lui est immédiate, intuitive. Ce n'est pas de la médecine qu'il lui faut pratiquer mais une autre forme d'aide qui pourrait même la faire radier d'un hôpital, voire de Starfleet. Elle est pourtant résolue à cet acte, et ce, sans la moindre hésitation car il lui est évident qu'elle est le seul être à pouvoir sauver, au moins en partie, une trace de cette espèce.

Au moment même de commencer la mise en condition, alors qu’elle pose une main sur son col d’uniforme, elle réalise que sa vie toute entière l’a menée à ce moment... Le présent, la médecine, une espèce à sauver… Le passé, Todai… Sa plante, sa seule amie, celle qu’elle a désespérément aimée… les souvenirs se bousculent, le présent reprend ses droits, une nouvelle plante, cette fois-ci, lui parle. Elle l’a sentie résonner, elle peut enfin avoir le contact qu’elle a si longtemps cherché. Et, aujourd'hui, l’échange est conscient.

Elle s'apprête à quelque chose qu'elle a espéré des années. Et si elle a aimé celle qui ne pouvait lui répondre, elle s'attend maintenant, avec une autre, à quelque chose qui n'en constitue pas moins une forme d'accomplissement. Tout en étantl lucide sur le fait que ce n'est pas le même être, elle sait qu'elle parachève un irréalisé. Son mouvement commence et bientôt, après un long cérémonial, tout ce qu’elle avait sur le corps, des parties les plus nobles aux plus dissimulées, notamment celle qui la rendait si triste avant chaque mission, est posé sur le sol, la laissant sans masque ni protection ni apparat. Et cette nudité qui il y a peu encore, la terrorisait tant, elle l’offre cette fois, en gage d'humilité, d'égalité, aussi, et de sincérité.

 

Devant la radio, personne. Pas de Breen. La cave forme un cercle avec cinq nouvelles embouchures de tunnels. Les agents de sécurité se déploient autour de chacune. Les traces de raies convergent devant l’appareil avant de se séparer. L’une d’elle mène juste au fond de la salle, à un chariot rempli de terre et surmonté d’une plante complètement flétrie. Sana court auprès d’elle. Elle s’écrie « C’était elle ! Ce sont les plantes ! » Neb’Endj la rejoint sous son regard et passe son tricordeur tout du long, secoue la tête, puis la baisse. « Je suis désolée ». Le pendentif de Voss vient de virer au noir. L’œil de Sana dévie vers une partie du bac, un petit creux isolé, sans terre. Un membre végétal du corps inerte y est posée sur une manivelle.

 

 

Au loin dans la forêt, dans un échange intime, la femme dévétue, attend la réaction. Les gestes de la plante, répondent au dévoilement. Et petit à petit, celle-ci s'effeuille lentement, montrant l’ une après l’autre, des tiges surmontées, de fleurs à étamines, ou sinon d’orifices. Les organes libérés, les feuilles rabaissées, se meuvent plus encore, et tournent lentement. Ensuite leurs pointes indiquent, celle à qui elles s'adressent. Puis désignent les hampes, et repartent en cercle, donnant noble spectacle, toujours en contrebas. S’installant en corolle, sous les organes internes, qui trônent et se déploient, en couronne au-dessus.

Et de toute évidence, ce n'est pas qu’une danse, mais c’est tout un langage, riche et articulé, dont Corine reçoit, les mots de séduction. Même si elle en ignore, le sens précis des signes, elle n’en reste pas moins, attirée par la vue. Car la douceur des gestes, montre des mots sensuels.

Elle n'a aucune réponse, il lui manque les organes. Mais elle comprend l'appel, qui l’attire à portée. Un pédoncule approche, grandes étamines dressées. Qui reçoivent une caresse, avant d’être massées. La danse est terminée, l'acte va commencer.

 

Sur le Dent Blanche, l’Enseigne Glenn voit le signal de la Capitaine s’élargir, prendre quelques mètres d’étendue, comme un flou. « Oh le bruit s’intensifie… Bon, … La balise du combadge est précise, elle est toujours là… vingt minutes, on a dit… Je ne vais pas la déranger pour ça ».

 

Du côté de son ancienne équipe, le Docteur Ranchuk s’approche de la tête du cortège, arrêtée à un embranchement de sillons : « Où est la capitaine ?

- Nous allions vous le demander. Elle n’était pas avec vous ?

- Je me suis retourné et je ne l’ai plus vue. Je croyais qu’elle était montée avec vous ! 

- Qu’est-ce qu’on fait ? » Le chef de sécurité de l’escouade touche son communicateur.

« Capitaine ? Capitaine vous me recevez ? » Pas de réponse…  « Enseigne Glenn, vous me recevez ? La capitaine Fargis n’est plus avec nous. Percevez-vous son signal ?

- Oui, aucun problème. Elle m’a demandé de ne pas être dérangée, elle est à un peu moins de 500 mètres, Nord-Est-Est.» L’agent se retourne. « On va la rejoindre. Nord-Est- Est, tout le monde ».

 

Les étamines frottées, puis portées à la bouche, il lui fait ingérer, gorgée après gorgée, une sève euphorisante, et sucrée qu’elle déguste, et qu'elle sent se répandre, dans tout son organisme. Les fibres glissent sur elle, tout le long de son corps. Une douce chaleur, l'envahit lentement. Chaque pore de sa peau, effleuré, caressé, ce contact l’envoûte, jusqu’à l’électriser.

Elle se sent soulevée, par les bras, par le dos, aussi par les chevilles, et ne touche plus le sol, la plante la manipule, désormais à son gré, alors deux nouvelles hampes, tâtonnent son bas du corps. Quand elles trouvent ce qu’elles cherchent, Corine étouffe un cri. Il semble avoir compris, comment la stimuler. Organiques, minérales, toutes ses parties tressaillent. De par cette sensation, interne externe, répétée... son corps exulte, et elle n'a aucune crainte, en voyant une énorme, forme ovale remonter, le long de la paroi, de fibres insérées. Au contraire, elle l'attend, est prête à l’accueillir.

 

 

« Capitaine ? Capitaine vous êtes là ? Appel de contrôle. Les 20 minutes sont écoulées. Capitaine ? » Rien. « Capitaine, répondez ! » L’enseigne Glenn soupire et répète les tentatives …

 

 

L’unité forestière reçoit un appel général. « Equipe Grotte à équipe Sillons. Ici Lieutenant-Commandeur Aldar. Origine des signaux identifiée. Plantes sentientes signalées. Je repète : Plantes sentientes signalées. Surveillez les plantes.

- Lieutenant-Commandeur Aldar, ici Docteur Ranchuk, section médicale. Bien reçu.

- Docteur Ranchuk ? Et la Capitaine ?

- Elle s’est éloignée, et ne répond plus au combadge, nous la rejoignons tout de suite.

- Informez-moi au moindre développement ! ».

 

Après avoir quitté le corps, Sana s’approche du poste de transmission. Un nouvel écrit est en attente, inachevé, dans la mémoire. Elle commence à lire.  : « Besoin d’Aide. Ici, ne peut pas prendre les œufs de là-bas ? Il faut autre… » Pourquoi ici et là-bas ? Un autre quoi ? ... ». Elle tape la séquence sur son PADD pour croiser les données avec les messages précédents. « Un autre… Quelqu’un d’autre ! Ici, là-bas, dans ce cas... » Oh ! … Les adverbes de lieu ! Ce sont des pronoms personnels ! Ici, là-bas, je, il, elle ! » Elle frappe son combadge « Enseigne Glenn ! Téléportez-moi d’urgence près du groupe forêt !

- Que se passe-t-il enseigne ? » Elle fait un signe de la paume à Aldar.

- Vous risquez de vous retrouver dans des arbres, je ne peux vous rematérialiser qu’en lisière, ou dans une clairière.

- Très bien,- Enseigne, alors à l’endroit le plus proche possible Et donnez-moi leur position.

- La capitaine est encore un peu à l’écart. Je vous place au plus près d’elle ou du reste du groupe ?

- A l’écart ? Quoi ? Euh… D’elle, oui, d’elle ! Vite ! » Elle se retourne « Lieutenant-Commandeur, je ne sais pas ce que vous et votre équipe avez encore à faire, mais la capitaine est peut-être en danger. Je me fais téléporter. »

Une voix rauque répond « Je viens. Lieutenant-Commandeur, dirigez les hommes ici. Si la capitaine est en danger, c’est mon rôle de l’aider.

- Enseigne Glenn, Deux à téléporter. Maintenant ! ».

 

Ils réapparaissent à environs deux cent mètres du but, Sana regarde son PADD, court à travers branches, plantes et lianes. Kroll, à côté, force, brisant tout ce qu’il croise. Après environ une minute, elle aperçoit un dépôt de vêtements. Posés, sur le sol. Rouges et noirs, c’est l’uniforme de commandement… Et au dessus… Qu’est-ce que c’est ? Blanc, épais, plat, avec des bandes adhésives aux extrémités… Non, ce n’est pas possible. Cela ne peut pas être à… la capitaine ! Pas ça ! Elle qui est… Oh… Le courage… la dissonance. La blessure interne… Tout s’éclaire ! C’est incroyable ! Une telle humiliation personnelle pour accomplir ses mission ! Pour aller au-delà de ce qu’on peut attendre, elle doit s’infliger ça. Et secrètement, à chacun de ses actes héroïques se joue ce drame intime.

Elle détourne le regard, qui trouve Ranchuk et son groupe arrivant devant une forme… Un corps nu. C’est Corine ! Allongée, en boule.

L’enseigne s’approche, les deux groupes se rejoignent autour de la femme au sol. « Capitaine ? Vous m’entendez ? »

Elle est inconsciente. Sana lui touche la main « Qu’est-ce que ? » Tout le monde s’écrie. Ce ventre est immense. Personne ne… La peau humaine ne peut pas se tendre comme ça !

« Docteur Ranchuk ! Scannez-la ! Au bas-ventre ! »

Des bips continus… qui s’accélèrent « Elle porte… deux œufs. »

Le regard médusé de Sana monte vers le reptile en uniforme médical.

Une autre lumière éclaire dans son dos, puis plusieurs. Un nouveau groupe vient d’arriver. Parmi eux, Voss, et son pendentif s’illuminant de deux nouvelles lueurs, au sein d’une plus grande.

Notes:

Voilà, j'espère que vous avez aimé ce paragraphe et êtes aussi impatients de lire la suite que je le suis de la publier. (Ou presque. Parce que je suis très impatient).

Malheureusement, comme pour toute publication de premier tome, ou toute fin de saison, il va falloir attendre un petit peu.
J'ai aussi besoin de reprendre assez d'avance, et accessoirement, de prendre des vacances ;).

En attendant, vous pouvez toujours vous promener sur le Wiki en français de cette fiction, toujours en mouvement : https://startrekbarbacid.miraheze.org/wiki/Accueil

Merci à tous et à bientôt !

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